New Age Islam
Wed Feb 11 2026, 12:07 AM

French Section ( 13 May 2013, NewAgeIslam.Com)

Comment | Comment

Cyber-Terrorisme Et Liberté D'expression: Sultan Shahin Demande Aux Nations Unies De Revoir La Gouvernance d'Internet

 

Un événement organisé en parallèle par l'ONG RADDHO et ses organisations partenaires comme la Fondation Al-Hakim dans la salle XXIII du Palais des Nations le 25 Septembre 2012 lors de la 21ème session ordinaire du Conseil des Droits de l'Homme de l'Organisation des Nations Unies à Genève. 

Sujet: Séance d'information sur la liberté d'expression et la cyber sécurité de l'article 19, l'un des défis quant aux questions des droits de l'homme  


De Sultan Shahin, Rédacteur-en-Chef, New Age Islam

25 Septembre 2012

Monsieur le Président, amis et collègues-panélistes,

Je lance un site web appelé New Age Islam. Il est disponible à l'adresse www.newageislam.com . Ce site vise à lutter contre le fondamentalisme dans le cyber espace, ce même cyber espace qui a été adopté dès sa création par les fondamentalistes et obscurantistes de différentes nuances. Les fondamentalistes islamistes ont de vastes ressources financières, pour la plupart provenant des pétrodollars et parviennent ainsi à acquérir une grande visibilité dans le cyber espace. Mais la liberté d'expression sur internet a donné la possibilité à un petit site comme New Age Islam avec pourtant de sévères contraintes de ressources de rapporter virtuellement le message du site dans les maisons de fondamentalistes. Nous essayons de toucher les musulmans, en particulier les jeunes, avant qu'ils ne deviennent la proie des Wahhabites, des exclusivistes salafistes qui veulent que les musulmans se mettent les autres à dos. Afin de promouvoir cette exclusivité, ils cherchent à ce que nous soyons continuellement mêlés à des conflits.

Un exemple récent illustre ceci. Des musulmans Rohingya ont été tués en Birmanie (Myanmar). Les circonstances n'étaient pas très claires et les faits difficiles à trouver. Mais la question a été exploitée dans le cyber espace par des sites web djihadistes pour créer un conflit mondial entre les musulmans et les bouddhistes. Le cyber espace a été utilisé pour répandre la haine et encourager le conflit contre les bouddhistes en diffusant des images transformées et des vidéos inflammatoires. Après la promotion de conflits contre les juifs, les chrétiens et les hindous, ces djihadistes musulmans veulent maintenant également se confronter aux bouddhistes.

La même technique de transformation d'images et de vidéos inflammatoires a été utilisée pour répandre des rumeurs à travers le cyber espace après les violences du mois dernier dans l'Etat d'Assam. La rumeur d'attaques imminentes d'indiens du Nord-Est vivant dans le Sud s'est répandue à Bangalore et dans d'autres villes indiennes du Sud. Cela a été fait d'une manière si systématique et organisée, utilisant toutes les ressources techniques internet, des sites de réseau social de connaissances, des SMS gratuits, et cetera, dont les origines ont étaient cachées de différentes manières, que près de 30.000 indiens du Nord-Est ont quitté le Sud à la hâte en l'espace de deux jours puisque craignant pour leur vie. Il a plus tard été révélé que des groupes de djihadistes comme le Lashkar-e-Tayyeba parrainés par le Pakistan étaient impliqués.

Le gouvernement de l'Inde a pris des mesures et a interdit certains sites web et blogs pendant une quinzaine de jours mais il était déjà trop tard. Beaucoup d'intellectuels et de militants indiens ont considéré cela comme une violation de liberté d'expression. Je me suis retrouvé seul représentant d'une minorité à une table ronde d'une chaîne de télévision gouvernementale appelée Doordarshan, faisant valoir que les gouvernements devraient avoir le pouvoir ainsi que la capacité d'intervenir dans des situations d'urgence. En effet, le problème n'est pas seulement celui des terroristes qui cherchent à générer une violence inter-confessionnelle, ethnique ou communautaire à travers l'utilisation abusive du cyber espace, ou de créer la panique comme ils l'ont fait à Bangalore, mais aussi du fait qu'ils peuvent très bien attaquer nos ressources vitales d'infrastructure ou de défense. Il y a quelques mois, les installations nucléaires de l'Iran ont été attaquées via le cyber espace par des virus informatiques dont les origines n'ont pas encore été déterminées. Pour autant que nous le sachions, ces installations ne fabriquent pas d'armes. Mais si celles-ci ont pu être attaquées de cette manière, des installations produisant des armes nucléaires peuvent elles aussi être attaquées dans le futur. On ne peut même pas imaginer quelle destruction de telles attaques pourraient causer.

Il est clair que le monde fait face à un grave défi de sécurité provenant du cyber espace. Aussi avantageux qu'internet peut l'être en rassemblant le monde sur une plateforme qui ressemble à un village planétaire, du moins pour les millions d'internautes, il peut également être utilisé comme une menace pour la paix mondiale.

Dans le sillage du ravage causé par les rumeurs répandues à travers le cyber espace à Bangalore, le Premier Ministre indien Manmohan Singh a déclaré: «J'ai demandé à mon Conseiller à la Sécurité Nationale d'éliminer les obstacles pour trouver une politique viable de lutte contre la menace du cyber-terrorisme».

Mais de nombreux experts doutent de la possibilité de trouver une telle politique tant que les questions de gouvernance mondiale d'internet n'ont pas été abordées. A l'heure actuelle, 10 des 13 serveurs racines sont basés aux États-Unis, deux sont en Europe et un au Japon. Il était naturel que cela se produise car internet a été développé aux États-Unis et a d'abord grandi dans les pays développés. Mais pour les pays en développement, avec des dizaines de millions d'utilisateurs, faisant face à de graves menaces de sécurité provenant du cyber espace, ils se retrouvent sans moyens quant à la manière d'aborder la situation en l'absence de rôle véritable dans la gouvernance d'internet.

La question de la gouvernance mondiale d'internet n'est cependant pas seulement une préoccupation pour les gouvernements. Même les utilisateurs individuels et les propriétaires de sites web sont confrontés à une multitude de problèmes et de menaces par rapport à leur existence. Si je peux parler de ma propre expérience puisque gérant un site web depuis plus de quatre ans, je peux dire que nous vivons une existence très fragile. Comme moi, beaucoup de blogueurs et gestionnaires de site prennent des positions sur certaines questions et peuvent donc créer des adversaires voire même des ennemis qui souhaitent faire tomber ces sites web. Mais pourquoi devrait-il être si facile pour eux de le faire ? Les menaces viennent de toutes parts. New Age Islam a été piraté et fermé à plusieurs reprises. Nos ennemis, sans doute djihadistes, sont plus particulièrement à l'affût de notre newsletter qui est envoyée à près de 350 000 abonnés chaque jour. Les identifiants de messagerie de nos abonnés à la newsletter peuvent être supprimés parfois comme cela s'est produit avec New Age Islam trois fois par jour. Mais ce sont des questions de sécurité que les propriétaires individuels de sites doivent gérer seuls en trouvant les ressources nécessaires.

Cependant, il y a aussi les problèmes auxquels nous devons faire face et qui concernent directement la gouvernance d'internet. Par exemple, encore une fois comme cela s'est produit avec New Age Islam, nos noms de domaine peuvent être suspendus sans préavis ni investigation sur la simple base d'une plainte manifestement fausse déposée par quelqu'un à l'enregistrement de domaines. De même, l'hébergeur du site peut suspendre nos opérations, comme c'est arrivé à nouveau pour New Age Islam plusieurs fois sur de similaires et manifestement fausses accusations. L'argument offert par le bureau d'enregistrement du domaine ou du site web est le suivant : ce sont des organisations commerciales et elles ne veulent pas être impliquées dans des conflits inutiles. Elles n'ont également pas le staff nécessaire pour analyser les plaintes. Il leur est donc plus facile de prendre des mesures telles que suspendre les sites quand une plainte de quelque nature qu'elle soit, est déposée.

Quand j'ai demandé à mon bureau d'enregistrement de domaine d'au moins lire la plainte qui lui était parvenue et qu'il m'avait transmise non lue, il a simplement répondu: «Je n'ai pas le temps de discuter avec vous ou de lire vos mails inutiles. Cependant, j'annule la suspension de votre nom de domaine pendant quelques jours, mais transférez s'il vous plaît votre domaine vers un autre bureau d'enregistrement en parallèle ». Je l'ai fait mais mon site est resté perturbé pendant plusieurs semaines.

Cependant, quand j'ai repensé à cela plus calmement, je ne pouvais pas en vouloir au bureau d'enregistrement. Si vous voyez l'argent en jeu, vous comprendrez que ce dernier n'a pas tort. Il me loue le nom de domaine pour 12 à 15 dollars par an. Il fait probablement un bénéfice de 5 à 7 dollars par an grâce à moi. Comment peut-il se permettre de consacrer plus de temps à discuter avec moi ou d'enquêter sur les plaintes contre mon site ou mettre en danger son entreprise de quelque façon que ce soit? Il n'a rien à gagner. Les entreprises marchent sur la simple base de calculs de perte et de profit.

Donc, j'espère que, lorsque les comités des Nations Unies discuteront les plus grandes questions de gouvernance d'internet, ils examineront aussi les questions que se posent des millions d'utilisateurs individuels et les propriétaires de sites web. Après tout, c'est nous les internautes qui font d'internet l'autoroute de l'information que c'est devenu. Nous aussi avons besoin d'être protégés.

Mais est-ce que je suggère que ces fonctions soient remises aux gouvernements ?

Quand j'ai commencé un magazine hebdomadaire imprimé en 1987, j'ai dû passer des semaines à courir après les commis dans le bureau d'enregistrement des journaux indiens pour être autorisé à utiliser un nom. Les noms étaient attribués sur des considérations diverses. Quelque nom que je puisse suggérer était déjà pris selon les fonctionnaires. En l'absence de données informatisées, ils ne pouvaient tout simplement pas vérifier les dizaines de milliers de fichiers dans leurs archives.

Mais quand j'ai voulu créer un site Internet en 2008, seule la disponibilité de ce nom fut examinée et cela par un ordinateur en moins d'une seconde. Aucun être humain, potentiellement source d'erreurs, ne fut impliqué. Quand mon nom de domaine fut enregistré et qu'un hôte fut trouvé pour mon site web, on m'a dit que je pouvais maintenant commencer à poster des articles ou blogs et écrire ce que je voulais pour un public mondial, je ne pouvais alors pas y croire. Pendant plusieurs jours, je n'ai rien posté. Comment quelque chose d'aussi important puisse se faire sans la participation d'un seul représentant du gouvernement? Ce fut un véritable miracle pour moi.

Avec cette toile de fond de mes expériences, je ne peux pas suggérer que l'enregistrement du domaine et son hébergement soient donnés aux gouvernements, même si cela était techniquement possible, ce qui ne l'est probablement pas.

Toutefois, le présent arrangement n'est pas idéal non plus, au moins pour les millions de personnes qui ont de faibles ressources. Je ne peux qu'exprimer l'espoir que ma demande soit prise en compte et que des experts techniques soient en mesure de trouver une meilleure architecture de gouvernance d'internet. Le système actuel de gouvernance a été décrit par le magazine The Economist comme «chaotique» pour «quelque chose de si central pour le monde moderne ». Espérons qu'un système moins "méli-mélo" de gouvernance d'internet se dégage des futures délibérations.

Merci, Monsieur le Président.

URL of English Article: https://newageislam.com/islam,terrorism-and-jihad/sultan-shahin,-editor,-new-age-islam/cyber-terrorism-and-freedom-of-expression--sultan-shahin-asks-united-nations-to-redesign-internet-governance/d/8789

URL: https://newageislam.com/french-section/sultan-shahin,-rédacteur-en-chef,-new-age-islam/cyber-terrorisme-et-liberté-d-expression--sultan-shahin-demande-aux-nations-unies-de-revoir-la-gouvernance-d-internet/d/11545

 

Loading..

Loading..