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French Section ( 14 Jun 2013, NewAgeIslam.Com)

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‪Le Garçon Dit: 'Tuez-Les, Tous Ces Musulmans Qui Ne Sont Pas Des Ahl-e-Hadees'


De Sultan Shahin, Rédacteur-en-chef, New Age Islam

June 14, 2013

Sultan Shahin sur les musulmans et l'Islam

Basé à New Delhi, journaliste chevronné, Sultan Shahin est un éminent commentateur sur les affaires islamiques et musulmanes. Il dirige le populaire magazine web   www.NewAgeIslam.com. Dans cet entretien avec Yoginder Sikand, il parle de questions liées aux musulmans dans l'Inde contemporaine et de son propre travail.

Q: Pouvez-vous nous parler brièvement de vous-même?

R: Je suis né dans un village du district d'Aurangabad dans le Bihar en 1949. Mon père, qui était un Maulvi, a travaillé comme professeur d'Ourdou dans un collège gouvernemental. Nous venons d'une famille de Maulvis et mon père, continuant dans cette tradition familiale, a aussi été l'Imam d'une mosquée locale et enseignant dans une madrasa. J'ai étudié à la maison mes premières années, puis dans une école secondaire enseignant en Hindi jusqu'à la Première. Mon père n'avait pas les moyens de m'envoyer à l'université, donc après cela, j'ai commencé à aider à la maison avec le bétail dans les pâturages ainsi qu'à la coupe du bois. Un jour, mes amis et moi avons commencé à parler de ce qui nous semblait être la chose la plus difficile au monde. Après bien des discussions, nous sommes arrivés à un consensus. La chose la plus difficile au monde, nous avons décidé, était d'apprendre l'anglais. Ce jour-là, je décidais d'apprendre cette langue. Mon père m'acheta un dictionnaire et j'ai commençai à apprendre l'anglais seul.

Quelques années plus tard, ma famille a déménagé dans la ville même d'Aurangabad, où je commençais à donner des cours de soutien, gagnant seulement dix roupies par mois par étudiant à qui j'enseignais. Je me suis inscrit pour effectuer une licence à l'université de Patna et en 1972, suis venu à Delhi. À Patna, j'ai écrit pour un journal appelé Searchlight qui se concentrait sur les problèmes des élèves. Quand je suis arrivé à Delhi, j'ai pris un emploi chez Radiance, l'organe officiel en langue anglaise du Jamaat-e-Islami. Ce fut le début de ma carrière de journaliste et mon désir d'écrire sur les questions musulmanes.

Q: Où avez-vous fait à partir de là?

R: Je suis resté chez Radiance seulement quelques mois. C'était la première fois que je travaillais avec un groupe idéologique, et j'ai vite commencé à me sentir mal à l'aise et pas à ma place, bien que beaucoup dans le bureau de Radiance étaient de merveilleuses personnes humaines. Pourtant, j'ai trouvé certaines de leurs attitudes, telles que vis-à-vis des femmes, très étouffantes et étroites d'esprit, même absurdes, même du point de vue islamique, tel que je l'ai compris. Peu à peu, il m'est apparu que le programme que suivait Radiance, partagé avec le Jamaat-e-Islami, était quelque chose auquel je ne pouvais pas adhérer. J'ai donc quitté le magazine et ai ensuite travaillé pendant plusieurs années avec différents papiers et agences de presse et ai été également free-lance pendant un certain temps, notamment à Londres. Je suis revenu à Delhi au début des années 1990, où j'ai travaillé pendant un an avec La Nation et Le Monde, un magazine créé par un groupe de musulmans soi-disant progressistes, mais j'ai dû quitter le magazine dans l'année qui suivait parce que la direction ne pouvait pas accepter le fait que ma femme, la mère de mes enfants, était hindou et ne s'était pas convertie à l'Islam! Ils sont même allés jusqu'à m'amadouer pour qu'elle devienne musulmane, mais j'ai refusé car je crois que la religion est quelque chose de très personnel. En raison de mon refus, j'ai été sommairement renvoyé!

Q: Depuis de nombreuses années maintenant, vous écrivez contre l'extrémisme islamiste et l'intolérance. Comment tout cela a commencé?

R: J'ai écrit sur les questions musulmanes depuis le début de ma carrière de journaliste en 1972. Mais l'urgence quant à la nécessité de combattre les dangers du radicalisme islamique m'est venue un peu plus tard. Cela a commencé au milieu des années 80, lorsque je logeais chez un ami pakistanais à Nottingham en Grande-Bretagne. Un jour, j'ai entendu les enfants de cette famille converser avec un de leurs amis au sujet de l'Islam. Cet ami appartenait à la secte des Ahle Hadith, connus pour leur interprétation austère et littérale des textes, presque identiques aux wahhabites saoudiens. Il s'agit d'une secte massivement promue par les pétrodollars qui peut même être qualifiée d'Islam des pétrodollars. Je l'ai entendu dire aux enfants que seuls les Ahl-e Hadith étaient de vrais musulmans et que les autres musulmans n'étaient pas uniquement des non-musulmans, mais qu'en fait, ils étaient les plus «grands et les premiers ennemis de l'Islam.» Je lui ai demandé ce qu'il se proposait de faire avec le «premiers et les plus grands ennemis de l'Islam», puisque quelque chose comme 99 pour cent des musulmans sont pas Ahl-e-Hadees. Il a dit: "Tuez-les!" Vous pouvez imaginer mon horreur en entendant ça! Il y avait là un groupe de jeunes pakistanais qui pourrait facilement avoir un brillant avenir dans l'Université de Nottingham mais qui, au contraire, discutaient de haine, meurtre et choses comme ça. Ces enfants n'étaient pas les seuls. A cette époque, de nombreuses communautés britanniques et organisations musulmanes dans les universités britanniques avaient été radicalisées par les Wahhabites et autres groupes extrémistes financés par des dizaines de milliards de pétrodollars. Le dissident islamiste et cracheur de haine Omar Bakri Mohammad attirait d'énormes foules de musulmans britanniques là où il parlait. Les librairies musulmanes étaient approvisionnés de livres d'inspiration Wahhabite, financés par les Saoudiens et prêchant la haine et le mépris des non-musulmans. Tout cela m'a fait soudainement me réveiller par rapport à la possibilité vraiment réelle que cette haine au nom de l'Islam pourrait facilement se propager ailleurs. Elle pourrait facilement venir à nos propres portes, dans nos foyers, même en Inde, si elle n'est pas contrée immédiatement et efficacement. Cela créerait encore plus de destruction et de terreur pour les musulmans  que pour les autres. C'est pourquoi j'ai décidé de commencer à écrire sur ces questions, afin de contrer une mauvaise interprétation extrémiste et radicale de l'Islam et de présenter ce que je ressentais comme étant les vrais enseignements de la foi. J'avais peur que si ces enseignements radicaux étaient autorisés à se répandre, ils détruiraient les musulmans eux-mêmes, et les consumeraient dans les feux de la haine et de la violence. Il ne s'agissait pas simplement de sauver l'image de l'Islam ce que je faisais cela. Au contraire, c'était également pour empêcher les parents musulmans de permettre à leurs enfants d'être influencés et ensuite détruits par les idéologues haineux qui défilent en costume d' "authenticité islamique". Il y avait assez et davantage de provocations dirigées contre les musulmans partout dans le monde pour les inciter à être attirés par ces mauvaises et militantes interprétations de l'Islam comme un moyen de répondre à la logique de siège qu'ils ressentaient.

En 1991, après avoir été chassé de La Nation et Le Monde, je suis tombé dans une profonde dépression qui a duré plusieurs mois. Ce qui m'a choqué, c'est que les hommes derrière ce magazine étaient supposés être la «crème» des cercles «progressistes» des Indiens musulmans. Si ces personnes appliquaient un esprit de communauté si étroit ainsi qu'un manque de compréhension des principes de l'Islam, je me suis demandé ce qui arriverait à notre communauté dans les jours à venir.

Je suis resté cloué au lit pendant près d'une demi-année. Ce fut une période d'introspection pour moi. Quand je me levai enfin, ce fut avec la détermination de faire tout que je pouvais pour lutter contre l'extrémisme et la haine au nom de l'Islam, d'articuler une compréhension plus pertinente de l'Islam dans le contexte d'aujourd'hui, mais aussi de mettre en évidence diverses préoccupations et questions liées aux musulmans. Depuis lors, j'ai  régulièrement écrit sur ces questions pour divers journaux tels que The Times of India, le Hindustan Times, The Indian Express, The Asian Age, divers sites Web et journaux électroniques.



Ma détermination à mener à bien cette mission est renforcée chaque jour quand je regarde autour, sur Internet et dans les médias imprimés et électroniques, et vois comment les idéologues qui crachent leur haine au nom de l'Islam, et ainsi salissent son nom, sont si profondément enracinés, et quand je vois que même dans la localité autour du tombeau de l'un des plus grands saints Sufis de l'Inde Hazrat Auliya Nizamuddin à Delhi, des boutiques vendent des livres écrits par les Wahhabites et les idéologues musulmans qui croient en la suprématie raciale comme Zakir Naik et par les mollahs Ahl-e Hadith qui prétendent que les Soufis sont kafirs et le soufisme une pure infidélité. Presque personne ne réfute cette propagande empoisonnée.

Q: Pourquoi avez-vous mis en place votre web-magazine NewAgeIslam.com?



R: En 2005, ma femme a été postée comme attaché culturel indien au Suriname, et je l'ai accompagnée là-bas. Nous y avons vécu pendant trois ans. J'étais un homme au foyer avec beaucoup de temps à perdre, et j'ai donc commencé à lire des livres sur l'Islam et les musulmans à partir d'un large éventail de points de vue et que j'avais achetés beaucoup plus tôt mais n'avait pas été en mesure de lire correctement. C'est alors que j'ai eu l'idée de lancer une web-journal pour propager des vues progressistes de l'Islam et des musulmans et pour lutter contre l'extrémisme et la haine au nom de l'Islam, car publier un magazine ou un journal régulier était tout simplement trop cher. Et c'est ainsi que NewAgeIslam.com a été mis en place, il y a un peu plus de deux ans, alors que j'étais encore au Suriname.

Q: Quel est l'objectif premier de votre web-magazine?

R: NewAgeIslam.com cherche à promouvoir la reconsidération de divers aspects de la pensée traditionnelle musulmane afin de permettre aux musulmans de s'intégrer dans le monde d'aujourd'hui. Nous discutons de questions aussi fondamentales que ce qu'est l'Islam en fait, qui ou ce qu'est un «musulman», ce que la notion de «musulman pratiquant» est ou devrait être, ainsi que ce que l'Islam dit réellement sur les questions telles que les droits des femmes, la liberté, la démocratie, le nationalisme, la paix, la justice, la guerre, la politique et les relations avec l'État. Il explique que les musulmans qui vivent en minorité doivent s'entendre avec l'Etat et les majorités non-musulmanes dominantes et ainsi de suite. NewAgeIslam.com vise également à mettre en lumière les violations des droits des minorités dans les pays à majorité musulmane ou non. Le nôtre est un forum ouvert, où des divergences de vues sur un large éventail de questions sont librement débattues et contestées. Il cherche à pousser les musulmans à l'introspection, à cesser de blâmer les autres pour tous leurs maux, de reconnaître là où ils ont mal tourné, tant en termes de pensée qu'en actes.

Dans le contexte particulier Indien, www.NewAgeIslam.com cherche à faire réaliser et reconnaître aux musulmans le fait que nous bénéficions des mêmes droits dans ce pays que les autres citoyens, et que notre histoire n'est pas seulement à propos de la discrimination implacable, contrairement à l'impression donnée par les médias musulmans. Nous soulignons le fait que les musulmans ont beaucoup plus de liberté en Inde que les non-musulmans dans la plupart des pays musulmans et même des musulmans dans ces pays. Nous avons besoin de parler de tout cela, et des interprétations liées à l'idéologie de suprématie raciale, agressive, patriarcale et intolérante de l'Islam parce qu'en gros, les médias musulmans refusent tout simplement de traiter de ces questions.

Nous, musulmans indiens, devons repenser notre position en Inde et dans la politique indienne. Nous devons être reconnaissants de ce que nous avons reçu dans ce pays, ce qui est beaucoup plus que les minorités non musulmanes dans la plupart des pays musulmans, en particulier dans notre propre voisinage. Nous devons lutter contre la propagande que l'Inde est un ennemi de l'Islam et opposée de manière virulente aux musulmans, ce qui est l'image créée par les articles influents de la presse Ourdou. Nous devons souligner que nous formons une partie intégrante de ce pays, et même si nous reconnaissons également que l'Etat indien et le système ne sont pas entièrement à la hauteur de leurs promesses d'une véritable démocratie et de la laïcité, il faut apprécier les aspects positifs et exprimer notre gratitude. L'Islam nous enseigne à vivre avec une attitude de gratitude, même quand nous sommes dans la détresse. On peut comprendre les sections de l'ordre social pakistanais ayant un intérêt direct dans la propagation de cette vision d'esprit de communauté et d'affrontement. Une communauté musulmane bien intégrée dans la société indienne et sa politique nuit à son image et la raison d'être de la création du Pakistan. Ces généraux à Rawalpindi - J'ai rencontré certains d'entre eux au fil des ans, la plupart du temps en Angleterre - qui rêvent de conquérir l'Inde, déployant le drapeau vert sur le Fort Rouge et nourrissant d'autres idées folles comme celles-là, ne peuvent que favoriser les conflits dans la société indienne, en particulier impliquant des musulmans indiens. Mais des sections de médias musulmans indiens et intellectuels présentant l'état indien comme hostile à nos intérêts et faisant la promotion d'une attitude de confrontation parmi les musulmans représentent le comble de la stupidité autant que c'est contraire aux faits sur le terrain.

Plus important encore, nous avons besoin de développer une compréhension progressive de l'Islam qui soit enracinée dans le dialogue intercommunautaire, l'amitié et la solidarité. Nous devons apprendre à vivre en harmonie avec nos frères hindous, les accepter comme les nôtres, non pas comme des «infidèles impurs» et des «ennemis», comme certains musulmans le font. Après tout, nous devons vivre et mourir dans ce pays, et nous, en tant que minorité, n'avons pas d'autre choix que d'essayer de gagner l'amitié des hindous. Ce sont nos voisins hindous qui peuvent nous protéger en cas d'attaque, pas nos dirigeants qui prônent l'esprit de communauté, ni d'ailleurs même le ministre de l'Intérieur. L'Islam insiste beaucoup sur les droits des voisins, donc une chose que nous devons de toute urgence faire est de construire des ponts d'amitié et de solidarité avec nos voisins, les hindous.

Ceci, en retour, nous oblige à réinterpréter de façon créative la compréhension traditionnelle musulmane des Ahle Kitab ou «Gens du Livre». Après tout, il y a des passages entiers dans plusieurs des écritures saintes hindoues qui sont identiques à des passages du Coran. Le Coran lui-même dit que Dieu a envoyé des prophètes à tous les peuples, et donc il est évident que l'Inde, elle aussi, a été bénie par les prophètes. Il y a de nombreux hindous qui croient aussi en un seul Dieu sans forme.

Parallèlement à cela, nous avons aussi besoin de remettre en question la notion de suprématie musulmane et redéfinir ce que nous entendons par «musulman», un «musulman pratiquant» et «l'autre». La célèbre Commission Munir mise en place il y a plusieurs décennies par le gouvernement du Pakistan, a interrogé plusieurs dignitaires musulmans pakistanais de différentes confessions et est arrivée à la conclusion qu'il n'existe pas même deux ecclésiastiques qui peuvent s'entendre sur la définition du terme «musulman», chaque secte étiquetant les autres comme déviantes ou même comme tout à fait en dehors du giron de l'Islam. Les clercs ont tant mis l'accent sur des rituels et repères identitaires qu'ils semblent avoir oublié que la croyance en un Dieu unique, faire de bonnes actions, servir les droits des créatures de Dieu (huquq ul-Ibad), sont les bases centrales de l'Islam et de ce qu'est un vrai musulman.

Q: Comment se porte votre web-magazine? At-il eu un impact quelconque?

R: Depuis son démarrage récent, NewAgeIslam.com a été en mesure de faire parler de lui. Nous avons maintenant quelques 117.000 abonnés à travers le monde, musulmans ainsi que d'autres, à qui nous envoyons nos mises à jour quotidiennes. Nous comptons à peu près 2900 articles dans nos archives. Seuls certains de ces articles sont de moi comme je ne souhaite pas que le journal soit considéré comme un site de propagande personnelle. Il s'agit plutôt d'un forum ouvert au débat et à la discussion sérieuse. Il accueille des opinions dissidentes, même sur ses pages principales, pour ne pas parler de la section très populaire des commentaires qui est absolument ouverte à tous les points de vue. Je permets toutes sortes de critiques et de commentaires, à l'exception, bien sûr, de l'abus pur et simple.



Q: Comment pensez-vous que l'extrémisme et la haine au nom de la religion (et pas seulement l'Islam, mais la religion en général) puissent être le mieux contrés?



R: Le mouvement Hindutva ou l'islamisme radical d'ailleurs, sont des idéologies, or une idéologie ne peut pas être contrée par une interdiction. Le RSS a été interdit trois fois et pourtant, en tant qu'organisation et idéologie, il reste si puissant aujourd'hui. L'interdire n'avait d'autre but que de lui donner encore plus de publicité. De même, personne n'avait entendu parler du Mouvement des Etudiants Islamiques de l'Inde jusqu'à son interdiction par le gouvernement de l'Inde. Une idéologie est mieux contrée par une contre-idéologie, et cela est également vrai dans le cas de l'extrémisme fondé sur une religion.

Q: Ce que vous semblez dire, c'est que ce n'est pas seulement le sensationnalisme des médias ou de préjugés anti-musulmans, comme de nombreux musulmans l'affirment, qui est responsable de préjugés profondément enracinés contre les musulmans et l'Islam parmi les non-musulmans. Au contraire, les interprétations musulmanes qui tendent à promouvoir la suprématie raciale et haineuses de l'Islam ainsi que les actions de certains soi-disant groupes islamistes doivent aussi être rendus responsables. Est-ce que c'est que vous dites?

R: Exactement. Et j'irais même jusqu'à dire que nous, les musulmans, sont plus à blâmer pour l'image pauvre que nous reflétons que les médias non-musulmans ou quoi que ce soit d'autre, bien que je dois ajouter que, lamentablement, les médias aiment dramatiser et généraliser à propos de toutes les aberrations musulmanes, mêmes les plus petites. Une des principales raisons de la mauvaise réputation des musulmans a à voir avec leur profond sens de l'Islam adoptant une idéologie de suprématie raciale, qui n'a rien de vraiment islamique.

Permettez-moi de citer un petit exemple mais révélateur à cet égard. Récemment, j'étais à Patna, dans la maison d'un ami musulman. Le fils de mon ami s'était battu avec un garçon hindou et s'en plaignit à son Maulvi. La réponse du Maulvi était 'Oh, il est un kafir! Vous auriez dû le tabasser! Je voudrais citer un autre exemple personnel pour clarifier mon point de vue. Il y a quelques années j'ai loué un local maulvi, diplômé de l'université Dar ul-Uloom Deoband, pour qu'il enseigne à ma fille l'Ourdou et le Saint Coran. Je lui ai donné un livre Ourdou préparé par le Conseil National pour la Recherche Educationnelle et Formation et lui ai demandé de l'utiliser pour enseigner à ma fille. C'est un excellent livre et probablement le meilleur moyen que je connaisse pour apprendre l'Ourdou. Le Maulvi prit le livre dans ses mains et l'ouvrit, juste pour voir sur la première page le nom de l'éditeur, l'auteur réputé en Ourdou et linguiste de renommée internationale, Gopi Chand Narang. J'ai noté alors la répulsion soudainement apparue sur le visage du maulvi, seulement parce Narang n'était pas un musulman. Il frappa le livre fermé et refusa d'enseigner à partir de celui-ci. Si ce n'est pas le reflet d'un très étroit état d'esprit, d'un état d'esprit qui prône l'esprit de communauté, Talibanesque, qu'est ce?



Donc, comme je le disais, il est inutile de dire que les médias sont biaisés, car les préjugés anti-islamiques et anti-musulmans ne sont pas une chose nouvelle. Ils existent depuis longtemps. Simplement blâmer les médias et les étiqueter comme étant engagés dans une conspiration ne va pas du tout changer les choses. Ce que nous devrions faire, nous musulmans et ce que NewAgeIslam.com essaie de faire en toute humilité et de façon très limitée, c'est de faire un travail d'introspection, de voir pourquoi les choses se passent ainsi, pour identifier où nous nous sommes trompés, tant en termes de pensée que dans les actes, d'examiner notre propre rôle dans la création d'images négatives de l'Islam et des musulmans. Notre objectif doit être constamment d'essayer de trouver des moyens de promouvoir la paix et l'harmonie et de nous demander: «Y a t-il quelque chose que nous pouvons faire pour sortir de cette situation de conflit?» Cela ne peut pas être fait en appelant notre terre «Kufristan», comme certains de nos mollahs font, tout en sachant très bien que l'écrasante majorité de nos compatriotes sont croyants en Dieu.

Q: Mais évidemment, vous ne pouvez pas nier l'existence de forces hostiles à l'Islam et aux musulmans. On ne peut pas imaginer que les musulmans ne soient pas affectés ou restent inertes alors que des milliers de leurs coreligionnaires sont abattus par des foules Hindutva, de connivence avec l'Etat dans le Gujarat, par les impérialistes américains en Irak et en Afghanistan ou les occupants sionistes en Palestine. Tout cela et même plus a certainement contribué au sentiment des musulmans d'être l'objet d'attaques et renforcent certainement les avocats du militantisme.

R: Vous avez raison, bien sûr. Je reconnais que les musulmans ne sont pas entièrement responsables de leur sort, et je dois admettre qu'il y a une centaine et plus de questions et  problèmes que rencontrent les musulmans qui ne sont pas de leur fait. Nous nous devons de reconnaître que, face à des provocations énormes par les forces Hindutva et même par certains soi-disant «leaders» musulmans, les masses indiennes musulmanes, en général, ont fait preuve d'une retenue considérable. Nous avons besoin de critiquer et de nous opposer à Hindutva, aux manifestations de l'impérialisme américain ou à la terreur israélienne tout en essayant en parallèle de nous engager dans un dialogue avec eux et en cherchant au moins à comprendre leurs attitudes. Cependant, mon point est qu'en ne faisant que blâmer les autres, nous les musulmans n'aidons pas notre cause. De même, nos dirigeants et intellectuels ont tendance à exagérer un peu les choses, cherchant partout à trouver un complot américain, sioniste ou hindou. En outre, on ne peut nier notre propre rôle dans l'exacerbation des conflits dans certains endroits, dans la propagation de la suprématie et de la compréhension agressives de l'Islam, en niant des droits aux femmes, aux frères musulmans et aux personnes d'autres confessions qui vivent dans des dizaines de pays musulmans, et ainsi de suite.

Q: Ces dernières années, un certain nombre d'organisations musulmanes indiennes ainsi que des madrasas de premier plan ont ouvertement condamné toutes les formes de terrorisme, y compris par des groupes musulmans, comme quelque chose de non islamique. Comment voyez-vous leur réponse?

R: Je pense que c'est une étape importante dans la bonne direction, mais ce n'est pas suffisant, comme il ressort qu'elle n'a pas eu de répercussion significative. Ce qu'ils doivent faire, c'est nommer explicitement et condamner les individus et les soi-disant groupes islamiques qui sont engagés dans la promotion de la terreur au nom de l'Islam. Ils doivent aussi critiquer, d'une manière scientifique, les interprétations radicales et extrémistes de certains versets coraniques et hadiths que ces groupes radicaux utilisent dans le mauvais sens afin de promouvoir et justifier de leurs actes terroristes. Ceci impliquerait aussi une interprétation correcte du contexte de ces versets, soulignant que ces versets ne s'appliquaient que dans le cadre d'un contexte historique particulier.

Pour tout cela, bien sûr, nous avons besoin de beaucoup plus d'érudits islamiques socialement engagés et progressistes que nous avons à l'heure actuelle. Aider les chercheurs à développer de tels experts est l'un des principaux objectifs de notre web-journal www.NewAgeIslam.com.

URL: https://newageislam.com/french-section/sultan-shahin,-rédacteur-en-chef,-new-age-islam/‪le-garçon-dit---tuez-les,-tous-ces-musulmans-qui-ne-sont-pas-des-ahl-e-hadees-/d/12081

 

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