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French Section ( 18 Nov 2012, NewAgeIslam.Com)

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Je combats l’Islam des pétrodollars: Sultan Shahin

 

 

Sultan Shahin, guerrier numérique, s’attaque aux fondamentalistes musulmans à l’aide de son site NewAgeIslam.com

 

Par Mohammad Wajihuddin, The Times of India, Mumbai

 

Dans une chambre minuscule de l’Est de Delhi, à Patparganj, un homme passe le plus clair de son temps devant son ordinateur. Bien qu’ils soient sans aucun doute des millions à partager cette passion, Sultan Shahin n’est pas un web addict ordinaire. Derrière ces longues heures passées à surfer sur internet, à rédiger et poster des articles sur son site, newageislam.com, se cache un objectif très clair : arracher l’Islam des griffes des jihadists et des Salafistes-Wahhabites soutenus par les recettes de l’extraction pétrolière.

 

Shahin, qui combat idéologiquement la droite religieuse – les tyranniques Talibans et leurs partisans aussi bien que les nombreux suprématistes islamiques qui prétendent que, selon la volonté d’Allah, l’Islam est la seule voie vers le paradis – est un combattant passionné. « Je me bats contre l’Islam des pétrodollars », déclare-t-il. « Je suis en train de créer un forum qui nous permettra de mieux comprendre que l’Islam est pluraliste, inclusif et tolérant ». Et l’Islam, ajoute-t-il, n’est pas une religion nouvelle. « Le Coran dit ceci. C’est une réitération et une revalidation de religions plus anciennes », affirme-t-il, assis à son bureau qui déborde d’ouvrages savants, et notamment de plusieurs exemplaires de commentaires du Coran. 

 

Aussi abominable que cela puisse être pour les fondamentalistes, cela a valu à Shahin de gagner de nombreux partisans. Deux ans seulement après la création de newageislam.com, le site compte près de 117 000 abonnés (l’abonnement est gratuit) selon Shahin, rédacteur en chef de 60 ans. La newsletter quotidienne, rédigée par un effectif squelettique de 5 personnes, a lancé des débats sur des sujets et des personnalités rarement évoqués parmi les musulmans visiblement pieux qui se rendent régulièrement à la mosquée. Ainsi, le Dr. Zakir Naik, télévangéliste musulman basé à Mumbai, se voit dénoncé, non pas parce qu’il serait financé par les Cheikhs saoudiens, rendus riches par l’argent du pétrole, mais plutôt parce qu’il entend établir la suprématie de l’Islam sur toutes les autres religions. Niyaz Fatehpuri, érudit indien du 20ème siècle et  rédacteur en chef du périodique ourdou Nigaar, est au contraire fort admiré sur le site en raison de son interprétation rationnelle et ingénieuse des principes de l’Islam. Le site suit également la presse ourdouphone, y compris des quotidiens au Pakistan, et met en ligne, en ourdou et en traduction anglaise, les points de vue rationnels qui y sont exprimés.

 

 Les réactions, dit Shahin, ont été étonnantes. « Quand j’ai lancé le site, je n’avais aucune idée que cela générerait autant d’intérêt, surtout parmi les jeunes musulmans, d’Australie à Abu Dhabi et du Canada à Coimbatore », explique le journaliste qui, ironiquement, a débuté sa carrière dans les années 1970 au quotidien Radiance, l’organe de la conservatrice organisation Jamaat-e-Islami, à l’époque basée dans les ruelles de Ballimaran à Old Delhi.

 

Fils d’un maulvi, Shahin a grandi dans un village isolé du district d’Aurangabad, dans le Bihar, et se souvient des nombreux soirs où lui et ses 5 frères et sœurs  allaient se coucher avec la faim au ventre car leur père était tombé malade (il décéda un peu plus tard), laissant la responsabilité de la famille sur les jeunes épaules de Shahin. Tout en étudiant dans une université de Patna, il travaillait à mi-temps pour quelques quotidiens ourdous locaux.  Shahin finit par se retrouver à Londres en tant que rédacteur en chef du Asia Times, un hebdomadaire qui appartient à Arif Ali, qui est d’origine indienne. Cette décennie passée en Angleterre lui a beaucoup apporté, raconte Shahin, car  « cela m’a exposé à différentes tendances de l’Islam et des musulmans ». Ainsi, une fois, chez un ami à Nottingham, il entendit une fois un jeune musulman de 20 ans faire l’éloge des vertus d’Ahle Hadees, une secte qui propage un Islam puritain. Shahin demanda au garçon quel traitement il prescrirait pour les musulmans qui ne suivent pas les préceptes de la secte Ahle Hadees. « Il faut les tuer », répondit le jeune fanatique avec sang-froid. « Cela m’a beaucoup touché. Le garçon avait visiblement été influencé par des organisations radicales comme Al Mujahidun et Hizb-ut-Tehrir. Les cerveaux de milliers de jeunes musulmans avaient ainsi été lavés par les prêches incendiaires d’Omar Bakri, qui ordonnait de suivre la voie des saints », se souvient Shahin. « Je savais que cela ne tarderait pas, avant que les feux de l’Islam fanatique n’atteignent le sous-continent indien et ne consume notre jeunesse ».

 

Shahin a personnellement fait face en Inde à l’horrible visage du wahhabisme exclusif et suprématiste, lorsqu’il a quitté son emploi à Londres pour devenir le rédacteur en chef d’un magazine à Delhi dans les années 1990, avec le soutien d’un groupe de musulmans éduqués, influents et « éclairés ». Après quelques mois, un matin au petit déjeuner, un membre de l’équipe de management lui posa une étrange question : « Vous avez été marié à une Hindoue (Pragya) pendant 10 ans. Pourquoi n’êtes vous pas parvenu à l’amener dans le giron de l’Islam ? ». « Je lui ai cité le verset coranique La Ikraha Fiddeen (la religion ne connait de contrainte), et expliqué que se convertir à l’Islam ou non relevait de son choix personnel. Mais cela n’eut aucun effet, et ils m’ont renvoyé », raconte Shahin.

 

Il entra dans une profonde dépression, car le coup venait de ceux qu’il pensait être la « crème de la société musulmane en Inde ». Il se décida à s’opposer agressivement à la pensée conservatrice, qui menace la philosophie multiculturelle et pluraliste de l’Inde et de l’Islam indien, en écrivant en tant qu’indépendant dans la presse nationale. Beaucoup dans le Sangh Parivar, et même au sein du BJP, crurent voir en lui le moyen adéquat pour atteindre les musulmans. « Ils ne savaient pas que beaucoup de musulmans me haïssaient. Je n’étais pas la bonne personne pour rapprocher le Sangh Parivar et les musulmans », dit Shahin en riant, lui qui a été traité aussi bien de kafir (infidel)  que de munafiq (hypocrite) ou même de « cher Sioniste ».

 

Son plaidoyer libéral et rationnel en faveur des principes de l’Islam a déchaîné, notamment depuis le lancement du site, la colère de nombreux Islamistes, qui s’attaquent régulièrement au site et postent des lettres et des commentaires insultants. Beaucoup le menacent des feux de l’enfer. « Au début, je ne faisais pas modérer le site car je voulais un dialogue libre et franc. Mais maintenant nous devons le modérer parce que nous avons découverts que non seulement les jihadistes, mais également des entreprises de Viagra utilisaient le site pour faire de la publicité pour leurs produits », dit-il en souriant. « Nous vendons des idées, pas des aphrodisiaques ».

 

Père de quatre enfants, Shahin a étudié de façon approfondie les religions, notamment l’Islam, et cela l’a amené à conclure que, comme Adam, Moïse et Mohammed, Ram et Krishna étaient également des prophètes. « Si nous nous référons à Mohammed en tant que Hazrat Mohammed, je n’ai aucune réserve à appeler Ram Hazrat Ram », explique-t-il.

 

Alors que nous quittons ce champion de l’Islam rationnel et inclusif, nous nous émerveillons devant la laïcité généreuse de l’Inde. Quel pays islamique aurait toléré un Shahin ? Demandez à Salman Rushdie ou Taslima Nasreen.

 

Source : The Times of India

 

URL pour l’article complet en anglais: www.NewAgeIslam.Com/NewAgeIslamArticleDetail.aspx?ArticleID=3275

URL:  http://www.newageislam.com/french-section/sultan-shahin,-editor,-new-age-islam/je-combats-l’islam-des-pétrodollars--sultan-shahin/d/9345

 

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