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French Section ( 5 Jun 2013, NewAgeIslam.Com)

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‪La Lourdeur Insoutenable d'Etre Musulman

 

 

Tous les deux jours, vous entendez parler d'un acte de terreur à Londres ou Boston ou ailleurs. Vous craignez que les auteurs soient musulmans, agissant « en tant que musulmans », au nom de l'Islam. En votre nom. Vous espérez contre toute espérance que ce n'est pas le cas, mais ça l'est bien sûr. Les auteurs sont musulmans et assez fièrement, ils déclarent qu'ils ont tué et mutilé des innocents pour vous. Et alors vous sentez une lourdeur insoutenable s'emparer de votre être, renforcée non seulement par la confirmation de votre peur, mais aussi par la connaissance, la certitude que cela se reproduira.

 

Saif Shahin, New Age Islam

27 mai 2013

Dans « L'Insoutenable Légèreté de l'être », le romancier tchèque Milan Kundera suggère que la vie, et tout ce qu'elle contient, s'avère juste une fois mais jamais plus. Ceci constitue une « légèreté » de l'être en opposition à la proposition du philosophe Nietzsche que tout dans l'univers est récurrent, imposant un poids ou une « lourdeur » sur les êtres humains qui savent qu'ils sont condamnés à répéter le cycle de la vie pour toujours.

Etre un musulman ces jours-ci se conforme assurément au paradigme Nietzschéen. Tous les deux jours, vous entendez parler d'un acte de terreur à Londres ou Boston ou ailleurs. Vous craignez que les auteurs soient musulmans, agissant « en tant que musulmans », au nom de l'Islam. En votre nom. Vous espérez contre toute espérance que ce n'est pas le cas, mais ça l'est bien sûr. Les auteurs sont musulmans et assez fièrement, déclarent qu'ils ont tué et mutilé des innocents pour vous. Et puis vous sentez une lourdeur insupportable s'emparer de votre être, renforcée non seulement par la confirmation de votre peur, mais aussi par la connaissance, la certitude que cela se reproduira.

Le dernier acte de cette tragédie sans fin s'est déroulée la semaine dernière dans les rues de Londres. Deux jeunes musulmans d'origine nigériane britannique ont décapité et éventré un jeune soldat britannique avec un couperet à viande, et l'un d'eux a annoncé aux passants médusés qu'aussi longtemps que l'armée britannique continuerait à tuer des musulmans à l'étranger, ils ne seraient jamais en sécurité. Quelques semaines plus tôt, deux jeunes musulmans américains d'origine tchétchène avaient bombardé le marathon de Boston, tuant trois personnes et en blessant plus de 200. Pour eux également, il s'agissait ouvertement d'un acte de vengeance de la mort de musulmans en Irak et Afghanistan.

Cette folie dure depuis des années. De Bali à Bangalore, de Madrid à Manhattan. Peu importe où ils sont nés, peu importe où ils vivent aujourd'hui, les jeunes musulmans partout dans le monde semblent être saisis d'une soif de sang indescriptible, à tuer et être tués. Bien sûr, ces musulmans sont une minorité minuscule. Bien sûr, pour chaque Michael Adebolajo et Tamerlan Tsarnaev, il y a des centaines de milliers d'autres jeunes musulmans qui se sentent comme des victimes plutôt que comme des vainqueurs après de tels actes, qui souffrent de la lourdeur insupportable d'être musulman, qui essaient de se décharger en disant à leurs amis et leurs collègues que ce n'est pas vraiment l'Islam, que ce n'est pas vraiment eux. Mais cela ne fait rien : quelques jours après, un autre Tsarnaev ou Adebolajo jaillit parmi eux, aussi sûrement que le dernier l'a fait. Et le cycle se répète.

« Être musulman »

Qu'est ce qui génère ce cercle vicieux? Qu'est-ce qui propulse ce chaos sans fin? Comment tant de gens, nées de familles différentes dans différents coins du monde, élevées dans des sociétés et cultures radicalement différentes, souffrent de la même angoisse existentielle et se comportent exactement de la même manière. Si ce n'est pas l'Islam lui-même, alors qu'est-ce? Peut-être que c'est, une fois de plus, la lourdeur d'être musulman.

 « Être » n'est pas seulement quelque chose de métaphysique qui sommeille en nous. « Être » est l'activité de notre existence. « Être » est ce que nous faisons – penser de manière englobante, sentir et se comporter à l'intérieur de cela. Et ce que nous faisons provient de ce que nous considérons comme notre « être », en d'autres mots, c'est la manière dont nous nous définissons nous-mêmes et le sens qu' « être » ceci ou cela signifie pour nous. Maintenant, chacun de nous peut « être » beaucoup de choses différentes : fils, étudiant, homme, un fan de Royals Rajasthan, indien, asiatique ou musulman. En effet, nous sommes chacune de ces choses dans différents contextes sociaux, agissant conformément à l'identité en question dans chaque contexte.

 Le mot « acting » est important, car il implique non seulement le fait d'agir, mais aussi le jeu de rôle, comme dans un drame. Dans l' « acting » de nos identités, c'est simultanément correct dans les deux sens. Tout comme les personnages d'un drame jouent leur rôle issu de scripts pré-écrits, nous jouons nos rôles dans le théâtre de la vie fondée sur l'identité des scripts, ou notre compréhension de ce qu'« être » signifie. Etre un « homme », par conséquent, incite un homme à vouloir et essayer d'être fort physiquement, porter des chemises et pantalons, éviter de pleurer quand il est blessé, être la source de revenu de la famille, amener sa femme chez lui plutôt que d'aller chez elle, et ainsi de suite. S'il ne parvient à faire aucune de ces choses, il lui est demandé par ses amis et sa famille d' « agir comme un homme ». Il se sent honteux s'il est incapable d'exécuter n'importe quel aspect de son rôle en tant qu'homme, parfois tellement qu'il peut considérer sa vie sans valeur et envisager d'y renoncer. « Être » pour lui devient inutile s'il ne peut pas être un « homme » et réaliser le sens attaché à cette identité.

 La signification de chaque identité n'est pas aussi absolue ou universellement acceptée. Etre « musulman » est encore une identité contestée, ce qui signifie beaucoup de choses différentes pour différentes personnes. Mais c'est une compétition normale, avec des gens comme Omar Bakri Muhammad, le religieux radical qui était à une certaine époque le mentor d'Adebolajo essayant de définir le mot « musulman » avec ses propres moyens (c'est lui qui aurait prêché la décapitation des soldats ennemis partout où ils se trouvent). La signification d' « être musulman » qu'ils épousent, inclut un sentiment de supériorité spirituelle sur les fidèles d'autres religions, se considérant comme une victime de l'oppression de l'impérialisme occidental pour tous les musulmans, tuer des non-musulmans ainsi que des musulmans qui ne sont pas de « vrais musulmans » de toutes sortes de façons, et mourir durant le processus si besoin est et de monter au ciel.

 Une fois qu'« être musulman » est défini en ces termes, la violence extrémiste n'est plus seulement l'apanage des gens endoctrinés dans les madrasas ou formés dans des camps terroristes. Les uns après les autres, les musulmans vont émerger des marigots d'Afrique ou des ruelles américaines et jouer leur rôle dans la vie comme un « musulman » en commettant ce que les autres considèrent comme la terreur mais pour eux, c'est simplement ce qui ils sont. Ils n'auraient aucun scrupule moral à massacrer des infidèles à la douzaine ou décapiter un autre être humain. En fait, un tel « acte » serait si normal pour eux qu'ils pourraient traîner dans les rues et discuter avec les passants, comme l'a fait Adebolajo. Après tout, ils seraient tout simplement en train de faire ce qu'être musulman signifie pour eux, ce que les musulmans sont censés faire.

 Ainsi, tout comme un musulman porte une lourdeur pour moi, c'est aussi le cas pour Adebolajos et Tsarnaevs. Ils font ce qu'ils font comme les autres « vrais musulmans » ont fait avant eux, et davantage de « vrais musulmans » feront après eux. Et le cycle Nietzschéen continue.

 Etre Davantage Qu'un Musulman

 Ce cycle peut-il être interrompu? Le fardeau d'être musulman ne peut-il pas être allégé? Deux voies semblent s'imposer à moi. La première consiste à mettre sur pied une définition cohérente et complète d '« être musulman » qui peut rivaliser avec la définition de Bakri Muhammad et ses semblables. Il ne suffit pas de jeter des passages discrets du Coran et affirmer que l'Islam ne prêche pas la violence, parce que les musulmans ne sont pas radicalisés par la lecture de quelques versets coraniques hypocritement contextualisés pour commencer, comme on le pense parfois. Bakri Muhammad offre aux radicaux un récit complet : un mode de vie, la mort, et l'au-delà qui sont cohérents avec des épisodes choisis de l'histoire islamique ainsi que la politique mondiale d'aujourd'hui. Les musulmans croient le récit parce qu'il est cohérent et complet. L'alternative, par conséquent, doit être ainsi un récit entièrement développé, tissant une interprétation pluraliste et pacifique de l'Islam en un style de vie significatif, de même que pour la mort et l'au-delà.

 La deuxième façon est de réduire l'importance qu '« être musulman » a aux yeux des musulmans d'aujourd'hui. Si nous avons tous des identités multiples, l'une d'elles, ou une combinaison significative de plusieurs identités, peuvent constituer l'unité du récit de nos vies. Mais l'un des plus grands succès de Bakri Muhammad et de ses consorts, c'est qu'ils ont fait « d'être musulman » la plus saillante des identités pour les musulmans. Les musulmans radicaux se considèrent principalement, voire uniquement, comme musulmans et rien d'autre, pas non plus britannique, américain, indien, noir, blanc, riche, pauvre, et ainsi de suite. Cette singularité de perspective est inhérente à leur radicalisation, un exemple de ce que le philosophe existentialiste Sartre a appelé « mauvaise foi ». Mais cette situation peut changer seulement si les musulmans peuvent réaliser les autres identités qu'ils possèdent déjà, venant avec d'autres ensembles de points de vue sur la vie et les valeurs morales, et intégrer ces identités dans leur « être ».

 En fait, c'est que les soi-disant musulmans « modérés » ou « mainstream » sont : les personnes musulmanes, mais qui se voient en termes plus généraux, comme les membres de sociétés mixtes, en tant que citoyens de nations multi-culturelles, ou tout simplement comme des êtres humains. C'est se rendre compte et être en paix avec la pluralité en leur sein qui rendra aux musulmans radicaux une vision pacifique et pluraliste du monde extérieur.

 Saif Shahin, un chroniqueur régulier pour New Age Islam, est  chercheur en communication politique à l'Université du Texas à Austin, États-Unis

URL of English Article: http://newageislam.com/ijtihad,-rethinking-islam/saif-shahin,-new-age-islam/the-unbearable-heaviness-of-being-muslim/d/11747

URL: http://newageislam.com/french-section/saif-shahin,-new-age-islam/‪la-lourdeur-insoutenable-d-etre-musulman/d/11902

 

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