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French Section ( 21 Sept 2013, NewAgeIslam.Com)

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Réfutation de la Fatwa du Sheikh Yousuf Al-Abeeri Soutenant le Massacre Gratuit de Civils Innocents – Quatrième Partie‬

 

 

De Muhammad Yunus, New Age Islam

(Co-auteur avec Ashfaque Ullah Syed, Message Essentiel de l'Islam, Amana Publications, USA, 2009)

5 février 2013

1. La Fatwa à la lumière du Coran - un examen cumulatif.

Cette partie mentionne deux versets coraniques, chacun provenant des sourates al Baqura et al Nahl (2:194 et 16:126), déjà cités à plusieurs reprises dans les trois premières parties (Partie 1, Partie 2, Partie 3), et qui ont démontré qu'aucune légitimité ne devait être prêtée à la Fatwa selon les discours correspondants de la Réfutation déjà affichés et sommairement récapitulés ci-dessous.

1.1 Le verset 2:194 cité une fois dans chacune des Partie 1 et Partie 2 et quatre fois dans la Partie 3, soit au total 6 fois : « Le Mois sacré pour le mois sacré! - Le talion s'applique à toutes choses sacrées -. Donc, quiconque transgresse contre vous, transgressez contre lui, à transgression égale. Et craignez Allah. Et sachez qu'Allah est avec les pieux ». (2: 194)

L'argument donné dans la Réfutation (Partie 1, point 3) : « Le verset autorise simplement les disciples du Prophète à riposter s'ils sont attaqués dans les quatre mois de trêve [Muharram, Rajab, Dhou 'l-Qa'dah et Dhu' l- Hujjah] qui donna aux tribus autrement perpétuellement en guerre l'occasion de s'engager dans le commerce et les échanges et de vivre en paix. Il n'a aucun rapport avec la Fatwa ».

1.2. Le verset 16:126, cité quatre fois dans la Partie 1, une fois dans la partie 2, et six fois dans la Partie 3, soit au total dix fois : « Et si vous punissez, infligez [à l'agresseur] une punition égale au tort qu'il vous a fait. Et si vous endurez... cela est certes meilleur pour les endurants ». (16:126)

L'argument de la Réfutation (Partie 2, 2.ii) : « l'accent mis sur le fait d'endurer un malheur patiemment dans le verset 16:126 penche pour une réponse plus douce (voire le pardon) que l'oppression, afin de ne pas être excessif en réponse. Il ne soutient pas - au contraire - il vise à nier le thème de la Fatwa ».

2. Résumé de la réfutation de cette partie (Partie 4): Cette partie évoque deux versets cités précédemment (2:194, 16:126) ne soutenant pas la Fatwa (1.1, 1.2), et apporte des arguments à l'appui de l'application du principe de Quisas (justice punitive ou punition équivalente) aux politiques d'Etat et revendiquent la légitimité d'adopter une politique de terreur pour répondre à la terreur d'État soit-disant perpétrée par l'Amérique et Israël. Ayant apparemment établi ce principe (Maslah), elle reconnaît en théorie sa contradiction avec le message coranique et conclut que toute suggestion de « tuer plus de 4 millions d'Américains non combattants et de rendre plus de dix millions d'Américains sans-abri » serait une transgression de Maslah (principe de base de la Fatwa). Par conséquent, cette quatrième partie de la Fatwa se fait échec à elle-même.

3. Examen détaillé de la Fatwa (Partie 4)

Pour une présentation claire, la Fatwa (Partie 4) est divisé en cinq parties.

3.1. Rôle direct et responsabilité de l'Amérique dans la perte colossale de vies, la destruction et le chaos pour des millions et des millions de musulmans.

La Fatwa accuse l'Amérique de son invasion de l'Irak avec des armes meurtrières et destructrices qui ont tué « des millions de musulmans irakiens, créé des ravages, causé des dommages colossaux et de dangereuses maladies (comme le cancer du sang) pour la suite, et pour avoir imposé des sanctions sous prétexte que Saddam et son parti Baas ont entraîné des souffrances humaines et des pertes indirectes ». Étant donné que même un site internet américain anti-guerre chiffre le nombre de victimes civiles en Irak à 1.455.500 [1], les détails de la Fatwa sont des rappels des conséquences terrifiantes et du coût humain et des tragédies de cette guerre.

Elle fait également référence « aux sanctions américaines sur les Afghans pour avoir abrité Oussama ben Laden et à la guerre contre l'Afghanistan avec des missiles tuant « des dizaines de milliers » de musulmans, à son soutien (à Israël), à l'établissement d'un siège permanent de l'entrée de « nos frères palestiniens » en Somalie sur des motifs soi-disant humanitaires, au déversement ultérieur de « ses déchets nucléaires » en Somalie qui a causé diverses maladies mortelles « aux musulmans là bas », à son intervention militaire au Soudan, aux bombardements et à la destruction d'une de ses usines de médicaments et de ses attaques aux missiles de Khartoum visant à tuer des civils, justifiées par la revendication qu'elle abritait des armes chimiques, à son soutien aux chrétiens dans le Sud-Soudan et fomentant la guerre causant des dommages aux musulmans et à leur économie » . (Citation paraphrasée)

Elle accuse singulièrement l'Amérique pour toutes les souffrances et dévastations des musulmans et met sur son compte « l'ingérence ouverte ou cachée dans les pays musulmans afin de faire couler le sang et tuer des innocents ». Elle accuse également l'Amérique pour tout ce qui arrive aux Philippines, en Indonésie, au Cachemire, en Macédoine et en Bosnie et la tient donc pour responsable de tous les tests et tribulations  que les musulmans traversent.

Ayant ainsi établi les États-Unis comme coupables du meurtre de millions de musulmans au cours des cinquante dernières années, elle invoque le principe de Quisas - justice de représailles comme elle s'y réfère dans chacune des parties précédentes de la Fatwa – et punition équivalente pour ceux qui « déclenchent des effusions de sang et transgressent » et déclare :

« Donc, si les musulmans effectuent Maslah contre les Américains, il serait justifié pour eux de tuer des millions d'Américains ».

Réfutation

Le Maslah (principe) confond la politique étrangère de l'Amérique avec les américains ordinaires. La politique étrangère américaine qui se plonge dans la guerre et impose des sanctions est dessinée par ses politico-militaires bureaucrates et les organes législatifs (Congrès et Sénat) sur la base de leur évaluation conjointe des réalités politiques, des enjeux stratégiques mondiaux et des menaces de l'époque. Si quelqu'un en Amérique doit être tenu pour responsable des conséquences terribles des sanctions et des guerres, ce sont les personnes qui ont été directement impliquées dans l'élaboration des politiques au niveau des points historiques témoins des sanctions et des guerres. Les américains ordinaires à ces points historiques (ou aujourd'hui) ne peuvent pas et ne doivent pas être tenus pour responsables. Si le principe de Maslah ci-dessus évoqué a été accepté comme une règle de base pour l'humanité, le Bangladesh devrait entreprendre une action militaire contre le Pakistan pour son meurtre de soit-disant trois millions de civils dans la guerre de libération, Israël devrait lâcher une bombe atomique sur l'Allemagne pour se venger de la liquidation en masse et barbare des juifs par Hitler, la Chine devrait anéantir le Japon pour ses atrocités commises contre les citoyens chinois au cours de la seconde guerre mondiale et toutes les nations du monde seraient prises dans une frénésie de guerres de représailles, de massacres et de génocide contre leurs bourreaux du passé. En conséquence, dans sa phase finale, le Coran épouse le pardon collectif des anciens ennemis (5:2), la justice personnalisée (5:8) et interdit de tuer toute personne innocente, sauf quand elle est reconnu coupable d'assassinat ou d'un crime abominable (5:32):

« (...) Et ne laissez pas la haine pour un peuple qui vous a obstrué la route vers la Mosquée sacrée vous inciter à transgresser. Entraidez-vous dans l'accomplissement des bonnes œuvres (birr)** et de la piété (Taqwa) et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Et craignez Allah, car Allah est, certes, dur en punition! » (5:2)

« O les croyants! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l'équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. Car Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites ». (5:8)

« C'est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu'en dépit de cela, beaucoup d'entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre ». (5:32)

La Fatwa ignore également le relativisme historique - des centaines de milliers de musulmans ont été tués et de nombreuses fois ont encore plus gravement souffert à cause de leurs propres régimes islamiques ou voisins envahisseurs musulmans comme la guerre de libération du Bangladesh, la guerre Iran-Irak, l'invasion du Koweït par l'Irak, et l'oppression des musulmans à l'extérieur de l'Amérique ou de la sphère d'influence américaine - notamment la Chine, la Russie, la péninsule albanaise, les pays d'Asie Centrale dans l'ancienne Russie soviétique. Elle ignore également le rôle militaire historique de l'Amérique dans la défense et la préservation des musulmans albanais, assurant ainsi la présence et la croissance de l'Islam en Europe et, par extension, dans l'hémisphère occidental et encore moins son aide alimentaire, son secours d'urgence, son rôle de développement technologique / infrastructurel dans tous les pays musulmans, et d'être la terre d'accueil de quelque cinq millions de musulmans - qui apprécient des droits civils et une plus grande liberté politique et religieuse que dans tout autre pays musulman du monde.

3.2. La Fatwa déclare que les « US n'attaquent pas de front mais attaquent ou assiègent à distance » pour justifier les attaques vis-à-vis d'eux de la même manière qu'ils attaquent les musulmans, et milite contre l'idée défendue par la plupart des musulmans que « des mesures de rétorsion contre les États-Unis (les citoyens) sont Haram pour eux. Elle affirme que « sous le règne de vengeance (Maslah), nous allons infliger aux Etats-Unis la même destruction que celle qu'ils nous ont fait subir ».

Réfutation : La Fatwa répète simplement le thème déjà abordé dans le point 3.1 ci-dessus et dûment réfuté dans ce qui précède.

3.3. La Fatwa déclare que la politique américaine de « punir les personnes pour les crimes des individus », donne un motif légal pour mettre en place une politique de réciprocité - un Maslah pour « punir les civils américains des crimes commis par le gouvernement américain ».

Réfutation : C'est une répétition des arguments 3.1 et 3.2 ci-dessus mais encadrée de manière subtilement fausse en étirant la portée du principe de Quisas (justice de vengeance) à la politique étatique. Elle vise à promouvoir l'adoption d'une politique du mal et abdominale en réponse à une politique similaire de l'ennemi. Cependant aussi opportun et justifiable que cela puisse être sur le plan politique, il est antithétique au principe coranique qui est de répondre au mal par le bien pour réduire l'hostilité (13:22 23:96, 41:34), et à ses exhortations répétées d'abjurer ce qui est Munkar (répréhensible, contraire à la raison) et abominable.

« et qui endurent dans la recherche de l'agrément d'Allah, accomplissent la Salât et dépensent (dans le bien), en secret et en public, de ce que Nous leur avons attribué, et repoussent le mal par le bien. A ceux-là, la bonne demeure finale». (13,22)

« Repousse le mal par ce qui est meilleur. Nous savons très bien ce qu'ils décrivent ». (23:96)

« La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux ». (41:34)

Comme les énonciations du Coran qui précèdent peuvent sembler une simple façade ou  sont affirmées comme ayant été abrogées, il existe des documents historiques irréfutables qui démontrent l'application du noble principe énoncé ci-dessus, même en temps de guerre. Ainsi, l'éminent historien, Thomas Arnold, cite un rapport contemporain de l'Église sur le traitement compatissant des survivants de la deuxième croisade qui ont été trompés par leurs alliés grecs (qui refusèrent de les renvoyer chez eux en Europe) et qui se sont retrouvés à la merci des guerriers musulmans : « La situation des survivants aurait été tout à fait désespérée, si la vue de leur misère n'avait pas fait fondre les cœurs des mahométans à la pitié. Ils soignaient les malades et soulageaient les pauvres et les affamés avec générosité les mains ouvertes. Certains achetèrent même l'argent français que les Grecs avaient récupéré des pèlerins par la force ou la ruse, et largement distribué aux nécessiteux. Ainsi le contraste était grand entre le type de traitement que les pèlerins reçurent des incrédules et la cruauté de leurs compatriotes chrétiens, les Grecs, qui leur imposèrent le travail forcé, les battirent et leur volèrent le peu qu'ils avaient encore sur eux, tant et si bien que beaucoup d'entre eux volontairement adoptèrent la foi de leurs libérateurs. Comme le vieux chroniqueur dit : « Évitant leurs coreligionnaires qui avaient été si cruels vis-à-vis d'eux, ils préférèrent la sécurité de les infidèles qui avaient compassion d'eux, et, comme nous l'avons entendu, plus de trois mille se sont joints aux Turcs quand ils battirent en retraite. Oh, la bonté est plus cruelle que toute trahison! » [2]

3.4. La Fatwa réfère aux actions militaires israéliennes et aux violations flagrantes des droits de l'homme des Palestiniens comme des actes de terrorisme selon la définition même de la politique américaine (sur la protection des droits de l'homme) et décrit ainsi les juifs comme des terroristes et les États-Unis comme un partisan du terrorisme sioniste en Palestine, et affirme en conséquence le droit de poursuivre un cours d'action qui correspond et invoque le principe de la réciprocité de la politique (3.3) pour accommoder ses aspirations terroristes politiquement informées dans la Charia de l'Islam et conclut : « Le meurtre de femmes américaines, d'enfants et de personnes âgées et autres non-combattants est autorisé (par la Charia), il s'agit plutôt d'une des catégories du jihad que Dieu et son prophète (PSSL) ont ordonné ».

3.5. La Fatwa conclut en citant les versets énoncés précédemment 2:194 et 16:126 qui ne sont pas en faveur de la Fatwa (1 ci-dessus) et fait un brusque volte-face dans ses arguments en déclarant qu'« en aucun cas, il est permis et approprié pour eux de tuer plus de 4 millions d'Américains non combattants et de rendre plus de dix millions d'Américains sans abri. S'ils le font, ils seront parmi ceux qui transgressent la loi de Maslah ».

Conclusion :

Cette quatrième partie, cumulativement avec les quatre premières parties de la Fatwa ne parviennent pas à tirer une quelconque légitimité du Coran, sont antithétiques au message coranique et sont donc réfutées. La citation répétitive de versets coraniques qui ne soutiennent pas la Fatwa, 2:94, 16:129, reflète une stratégie d'endoctrinement : bombarder les musulmans simples et innocents avec ce qu'il y a de plus grandiose et obscur pour eux - les versets du Coran - et capitalise sur leur obscurité révérencieuse par rapport à la signification des versets coraniques pour leur vendre leurs propres Fatwas, non coranique, comme il peut être - mais Dieu sait mieux.

1. http://antiwar.com/casualties/

2.  Thomas W. Arnold, la Prédication de l'Islam, (première publication 1896, 2e Extended Edition 1913), Delhi 1990, p. 88.

Muhammad Yunus, qui est diplômé en génie chimique de l'Indian Institute of Technology et cadre à la retraite, s'est engagé dans une étude approfondie du Coran depuis le début des années 90, en se concentrant sur l'essence de son message. Il est co-auteur des travaux exégétiques mentionnés, qui ont reçu l'approbation d'al-Azhar al-Sharif, au Caire en 2002 suite à leur restructuration et affinage. Ils ont été approuvés et authentifiés par le Dr Khaled Abou El Fadl de l'UCLA, et publiés par Amana Publications, Maryland, USA, 2009.

URL of English Article: http://newageislam.com/islam,terrorism-and-jihad/muhammad-yunus,-new-age-islam/refutation-of-sheikh-yousuf-al-abeeri-s-fatwa-supporting-wanton-killing-of-innocent-civilians-–-part-4/d/10267

URL Troisième Partie: http://www.newageislam.com/french-section/muhammad-yunus,-new-age-islam/réfutation-de-la-fatwa-du-sheikh-yousuf-al-abeeri-soutenant-le-massacre-gratuit-de-civils-innocents---troisième-partie/d/13573

 

URL: http://www.newageislam.com/french-section/muhammad-yunus,-new-age-islam/réfutation-de-la-fatwa-du-sheikh-yousuf-al-abeeri-soutenant-le-massacre-gratuit-de-civils-innocents-–-quatrième-partie‬/d/13605

 

 

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