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French Section ( 30 Aug 2014, NewAgeIslam.Com)

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Avec L’aide De Dieu, Une Solution (A Nos Douleurs) Est A Portée De Main (Nasrum Min Allah Wa Fathun Qarib)

 

 

Par Muhammad Yunus, New Age Islam

10 Octobre 2013

- Eliminer les inquiétudes qui pourraient découler d’une interprétation trop littérale du mot « Fatha » pris au sens de « conquête militaire » ou de la localisation textuelle de cette prière dans une sourate (62) qui a un titre lié à la guerre – Les Rangs (Al-Saff)

Co-auteur (avec AshfaqueUllah Syed) de: Essential Message of Islam, Amana Publications, USA, 2009

La prière qui forme le titre de cet article, extraite du verset coranique 62:13(Sourate, As-Saff) fait partie des « Duas », ou invocations, les plus récitées de l’Islam. Les musulmans à travers les générations et jusqu’à ce jour l’ont récité, en particulier durant les périodes de souffrance, cherchant l’assistance divine pour trouver une solution aux périls qui menacent leur vie. Ainsi, les étudiants musulmans des familles traditionnelles qui passent un examen ou les patients attendant leur tour de subir une opération la récitent sans interruption, et sa transcription calligraphiée orne les murs des maisons de milliers de musulmans. Cependant, comme la religion est utilisée dans toutes les communautés religieuses comme stimulant spirituel et pour offrir une couverture religieuse à une mission qui implique la mort et la destruction, l’armée musulmane récite cette invocation sous la forme d’un cri de guerre, tout comme les djihadistes.

Après cette brève introduction, nous en arrivons au sujet de cet article.

La prière du titre est-elle spécifiquement liée à la conquête militaire, comme le prétendent certains érudits en raison du sens dérivé du mot « Fatha » qui est « conquête », de la location textuelle du verset et du titre guerrier de la sourate (Saff signifie déploiement pour la bataille).

La réponse à la question ci-dessus peut être trouvée en interrogeant la diction, l’organisation et la structure du Coran, en se concentrant sur les mots Fatha et sur la sourate As-Saff.

Usage coranique du mot Fatha et de ses dérivés

Les occurrences suivantes de ce mot, extraites d’une large section des versets coraniques, illustrent le fait que le sens principal du mot Fatha est « ouverture » ou « révéler », comme dans :

-        Dieu déployant ou « ouvrant grand » la révélation devant les Juifs (2:76),

-        Décidant (mettant la vérité à nue) entre les gens (7:89, 34:26),

-        Révélant ou dispensant (35:2) la miséricorde

-        Ouvrir le bagage de quelqu’un (12:65)

-        Libérant Gog et Magog (21:96),

-        Ouvrant une porte (23:77, 39:7, 78:19),

-        Un instrument d’ouverture ou une clé (28:76).

Cependant, une traduction traditionnelle et littéraliste des versets 48:1, 61:13 et 110:2 assimile le mot Fatha à la conquête dans son sens militaire. L’étude textuelle suivante montre que dans chaque cas, la traduction littéraliste est inadaptée et qu’en prenant en compte le contexte, la traduction inoffensive précédente est ici aussi valable.

48:1

Voici le verset (translitération de l’arabe): ‘InnaFatahna Laka FathamMubina’

Traduction en français avec insertion de mots-clés de l’arabe :

Muhammad Asad : « Vraiment [Ô Muhammad,] nous vous avons présenté (Fatah) une victoire (Fatha) manifeste (Mubin) 1 »*

* La note de bas de page 1, qui est liée à l’interprétation ci-dessus, explicite que certains commentateurs assimilent le terme « Fatha » dans l’expression finale FathamMubina à « une promesse de guerre véritable, comme une conquête par les musulmans » et ajoutent qu’ « il est beaucoup plus probable qu’il est trait à une victoire spirituelle du message coranique et à sa propagation parmi les Hommes qui ne l’avaient pas compris. »

Abdullah Yusuf Ali : « Vraiment, nous vous avons dédié (fatah) une victoire (fatah) manifeste » 4866*

La note de bas de page 4866 explicite que le verset porte sur le traité d’Hubaibiyah et qu’il déclare : « En réalité, la porte était alors ouverte pour la propagation sans frein de l’Islam à travers l’Arabie. »

Les clarifications qu’apportent ces deux érudits distingués révèlent le fait historiquement incontesté que le terme « Fatha » vers la fin du verset 48:1 ne signifie que l’ouverture d’un nouveau chapitre ou d’une nouvelle phase de la mission du Prophète, qui avait jusqu’alors fait peu de progrès et risquait une imminente à tout moment, et pas une conquête militaire. Puisque ceci peut laisser quelques doutes dans l’esprit d’un lecteur critique, le contexte du verset qui fut révélé directement après le traité de paix d’Hudaibiyah est présenté sommairement ci-dessous :

Le Prophète avait signé un traité de paix avec les Mecquois à un moment où les Mecquois disposaient d’un avantage militaire et logistique énorme sur lui. Son groupe, qui avait voyagé sans armes (pour la bataille) depuis Médine jusqu’à La Mecque (150 miles et un voyage d’une semaine) afin d’accomplir un pèlerinage, faisait face à un escadron de cavalerie mecquoise sous le commandement du formidable Khalid Ibn Walid (qui devint plus tard le plus grand général de l’Islam naissant), et risquait de se perdre dans le désert ou l’extinction si on les attaquait. Le traité de paix qui avait été rédigé par les Mecquois et avait finalement été signé par le Prophète endommageait sa position de Prophète de Dieu et était humiliant et insultant pour les musulmans et apparaissait unilatéralement biaisé en faveur des Mecquois. Les compagnons du Prophète étaient perplexes et abasourdis, bien que leur foi demeura inébranlable, de même que leur allégeance au Prophète. C’est dans ce contexte de honte, d’incrédulité et de choc que le verset 48:1 fut révélé, décrivant le traité de paix comme un manifeste “Fatha”. Donc le public du Prophète devait avoir compris l’expression « Fathum Mubin » comme marquant manifestement un nouveau début ou une nouvelle phase de la mission du Prophète de propagation du message de l’Islam plutôt que la conquête dans son sens militaire.

61:13 

Voici le verset (translitération de l’arabe) : ‘Wa Ukhra Tuhibbunaha Nasrum Min Allahi Wa Fathun Qarib Wa Bashshar il Mu’minin.’ 

Traduction en français avec inclusion des mots-clés de l’arabe :

Muhammad Asad : « Et [avec tout ce qu’il t’accordera] encore une chose que tu aimes avec passion : le secours de Dieu [en ce monde] et une victoire13 (Fataha) à venir [et de celle-là, Ô Prophète,] apporte des bonnes nouvelles à tous les croyants. »

* La note de bas de page 13 présente les mêmes clarifications que la note de bas de page correspondante du verset 48:1, citée ci-dessus : « il est beaucoup plus probable qu’il (Fatha) ait trait à la victoire spirituelle du message coranique et à sa propagation parmi les Hommes qui ne l’avaient pas compris. »

Abdullah Yusuf Ali : « Et (une autre faveur il accordera) ce que tu aimes : l’aide de Dieu et une victoire rapide (Fatha). 5445 Donc donne les bonnes nouvelles aux croyants. »

Lu dans le contexte du passage 61:11-13, le mot Fatha de ce verset se réfère à l’issue heureuse de la lutte sur la voie de Dieu pour ses propriétés et pour sa vie (61:11). Ceci implique un combat armé qui pourrait être de nature défensive ou offensive. Cependant, en liant ce passage à un verset qui apparait plus tôt dans la même sourate (61:4), la lutte doit avoir été d’une nature défensive car le 61:4 en appelle au combat « en formation de bataille, comme s’ils formaient une structure solide et cimentée. » En conséquence, la note de bas de page 5445 déclare : « Pour tous ceux qui aspirent à une cause juste, nous recevons l’aide de Dieu et quelles que soient les probabilités, nous sommes certains de la victoire avec l’aide de Dieu. »

110:2

Le verset figure dans une sourate assez courte qui dit (translitération de l’arabe) : “IzaJa’aNasrullaheWalFathu (110:1) Wa Ra-AytanNaasaYadkhuluna Fi DinIllahiAfwajaa (110:2) FasabbihBihamdiRabbika Wa AstaghfirInnahuKaanaTawwabah (110:3)”

Traduction française incluant les mots-clés de l’arabe :

Muhammad Asad : « Lorsque le secours de Dieu et la victoire arrivent (Fatha) (110:1) et que vous voyez les Hommes entrer dans la religion de Dieu par vagues (110:2), chantez la gloire sans limite de votre Seigneur, et louez le, et recherchez son pardon : car voyez, Il accepte toujours la repentance 2 (110:3).

* La note de bas de page 2 dit: « même si les Hommes embrassaient la vraie religion en grands nombres, un croyant ne doit pas se complaire, il devrait plutôt devenir plus humble et plus conscient de ses propres défauts. » Il en découle que le mot « Fatha » dans le verset d’ouverture se réfère à une grande avancée dans la propagation de l’Islam à travers l’Arabie, à la suite de l’intégration de la Mecque(630 CE) durant la vingtième année de la mission du Prophète – cette sourate fut révélée environ deux ans plus tard pendant le pèlerinage d’adieu du Prophète (632 CE).

Abdullah Yusuf Ali : « Lorsqu’il s’agit de l’aide de Dieu et de la victoire (Fatha) (110:1) et que vous voyez les Hommes entrer dans la religion de Dieu en masse 6292 (110:2), faites les louanges de votre Seigneur et prier pour son pardon, car Il est généreux (en grâce et en miséricorde) » (110:3).

La note de bas de page 6292 se réfère à l’intégration sans combat de la Mecque et utilise le mot « victoire », bien qu’aucune bataille n’ait eu lieu et que la victoire fut plus morale que militaire à proprement parler. C’était l’ouverture d’un nouveau chapitre, une percée pour l’Islam. Le verset coranique correspondant, cité plus bas, capture l’intégration sans combat de la Mecque de la façon suivante :

« (Alors que les musulmans commençait à entrer dans la ville), les plus fanatiques parmi eux essayèrent de résister lorsque Dieu envoya la paix divine (Sakinah) sur son Messager et sur les croyants, et leur imposa le Mot de retenue (Taqwa), comme ils le méritaient et en étaient dignes (48:26). Dieu retint les mains des Mecquois avant qu’elles ne touchent les musulmans et les mains des musulmans avant qu’elles ne touchent les Mecquois (48:24). »

Il en découle que le mot « Fatha » dans le verset d’ouverture de la sourate 110 (izaja’anasrallahiwa l fathom) se réfère à une percée, à l’évitement de toute bataille avec les Mecquois, que le Prophète aimait (42:23) mais ne parvint pas à convertir à sa foi (28:56).

Conclusion : Les clarifications ci-dessus, basées sur le contexte de la révélation et sur les notes explicatives des exégètes distingués qu’on a cité, excluent toute possibilité d’associer un sens militaire au mot « Fatha » dans les trois versets coraniques 48:1, 61:13 et 110:2 (parmi les 13 cités). Le seul sens, même s’il s’agit d’une nuance légèrement différente, qui s’applique à l’usage coranique du mot Fatha et de ses autres dérivés (mots avec la même racine) est celui d’ « ouverture » ou de « combler » (2:76), ouverture dans un sens littéral (12:5, 623:77, 39:7, 78:19), combler (35:2), décidant (mettre la vérité à nue) (7:89, 34:26), libérer (21:96), un instrument d’ouverture ou une clé (28:76), et annoncer ou ouvrir une nouvelle phase prometteuse / une issue (pour sortir des douleurs) (48:1, 61:13). En outre, la toute première sourate du Coran a également pour titre al-Fatiha.

Un esprit critique, peu familier du caractère unique de la structure du texte coranique, pourrait encore arguer que le titre de la sourate (Déploiement de bataille) ajoute une dimension martiale à la prière du titre de cet article. La vérité est que les sourates du Coran ne sont pas organisées par sujet et que le titre d’une sourate peut ne rien avoir à voir avec son contenu. Ainsi, « al-Baqura », le titre de la seconde sourate, signifie « la vache », alors que la seule référence à une vache se trouve dans un passage (2:67-71) où il est ordonné aux Fils d’Israël d’offrir un sacrifice, alors que tout le reste de la sourate (qui compte 289 versets au total) porte sur d’autres thèmes – près de la moitié des versets contiennent des commandements sans détours, y compris les lois du mariage et du divorce, l’interdiction de l’usure, la charité, le jeûne ou le hajj par exemple. De la même manière, les titres des cinquième et septième sourates (al-Maidah et al-‘Araf) sont des mots qui n’apparaissent que dans un ou deux versets dans chacune des sourates (le repas/ la table et la faculté de discernement/ les hauteurs) et n’ont que peu de rapport avec les thèmes divers de ces sourates.

Il en découle que toute vélléité de plaquer une dimension militaire sur la prière du titre, comme le spéculait un article récent [1], sur la base des traductions littérales traditionnelles et d’exégèses sélectionnées, nuit au caractère liturgique, inoffensif et purement spirituel de cette prière.

L’auteur de ces lignes souhaiterait remercier les commentateurs éclairés de ce site web, et en particulier Tariq Fatah, l’auteur de l’article qui, s’il suit son nom, pourrait annoncer une nouvelle ère de paix et d’intégration pour les musulmans canadiens et occidentaux, qui sont à l’heure actuelle intimidés par des idéologues islamophobes qui clament leur appartenance à des groupes dont ils ne font pas partie et refusent de baisser les bras.

Notes:

1.       Jihadi Battle Cry on Toronto Mural

http://www.newageislam.com/radical-islamism-and-jihad/jihadi-battle-cry-on-toronto-mural/d/13846

Muhammad Yunus est diplômé  de chimie de l’Indian Institute of Technology et un ancien dirigeant d’entreprise. Il étudie en profondeur le Coran depuis le début des années 90s, en concentrant ses efforts sur son message central. Il est le co-auteur de l’ouvrage d’exégèse cité, qui a reçu l’autorisation d’Al-Azhar al-Sharif du Caire, en 2002, et qui, suite à quelques modifications, a reçu le soutien et a été authentifié par le Dr. Khaled Abou El Fadl d’UCLA et a été publié par Amana Publications, Maryland, USA 2009.

URL of English Article: http://www.newageislam.com/islam-and-spiritualism/muhammad-yunus,-new-age-islam/‘with-god’s-help,-a-way-out-(of-travails)-is-close-at-hand’-(nasrum-min-allahi-wa-fathun-qarib)/d/13918

URL: http://www.newageislam.com/french-section/muhammad-yunus,-new-age-islam/avec-l’aide-de-dieu,-une-solution-(a-nos-douleurs)-est-a-portée-de-main-(nasrum-min-allah-wa-fathun-qarib)/d/98808

 

 

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