De Sultan Shahin, Rédacteur-en-chef,
New Age Islam
14 Avril 2012
C'est un peu troublant que Deoband se soucie
davantage des coutumes indiennes que des injonctions islamiques. Deoband a
annulé une ancienne Fatwa prônant la polygamie et affirme maintenant qu'il vaut
mieux éviter un deuxième ou troisième mariage malgré l'autorisation de la
Charia car ce n'est généralement pas acceptable selon la coutume indienne.
Que Deoband respecte les coutumes indiennes
est vraiment accueilli.
Toutefois, la coutume indienne à l'heure
actuelle est en faveur de maîtresses, si vous pouvez vous le permettre,
certaines personnes que je connais en ont une dans toutes les villes du pays
qu'ils visitent périodiquement durant leur voyage d'affaires. C'est le droit
hindou qui empêche la polygamie, mais il permet aux femmes (indirectement) de
devenir des maîtresses sans un quelconque droit que ce soit, ni aucun nom de
famille pour leurs enfants, si elles peuvent se permettre d'en avoir. La
coutume indienne est davantage un argument pour permettre la bigamie ou
polygamie du droit personnel musulman et où les autres femmes vont aussi avoir
certains droits.
La polygamie, je crois, n'est pas permise
dans l'Islam dans des circonstances ordinaires. Elle a été autorisée à un
moment donné sous des conditions strictes ou même impossibles pour accorder un
traitement égal à toutes les femmes, mais
ce uniquement en temps de guerre lorsqu'il y avait un grand nombre de
femmes de détenus et de veuves de guerre.
Mais, à mon avis, avec cette permission de
polygamie, le droit anglo-musulman qui prévaut en Inde donne une plus grande
protection aux femmes dans la mesure où il est difficile pour les hommes
musulmans de flirter avec d'autres femmes au-delà d'un certain point. S'ils
veulent le faire, ils peuvent avoir peur que d'autres femmes alors commencent à
exiger d'eux le mariage, leur argument étant que le droit personnel musulman
donne droit à plus d'une épouse. En revanche, une femme hindoue ne peut pas
faire cette demande. Si elle veut ou a besoin de vivre avec un homme pour une
raison quelconque, parfois même pour des raisons d'amour, elle n'a pas d'autre
choix que d'accepter la position de maîtresse, et beaucoup le font.
Après tout, les deuxième, troisième ou
quatrième femmes devraient également avoir des droits. Elles aussi sont des
femmes. Et pas moins des femmes que la première femme qui a peut être pu s'être
mariée seulement sous la pression des parents des deux familles dans nos
scénarios de mariage arrangé.
Pardonnez-moi si mon point de vue sur la
question a été un peu déformé par ma connaissance personnelle de certains amis
hindous avec un large nombre de maîtresses partout et ma sympathie pour ces
femmes. Je ne peux pas m'empêcher de comparer leur situation à celles d'une
seule famille que je connais dans laquelle un homme musulman a insisté pour
avoir quatre épouses en même temps, sans jamais laisser une chambre libre
pendant plus de quelques mois.
Si je peux me répéter, je crois que l'Islam
n'autorise pas la polygamie comme une norme. Mais elle laisse une certaine
imprécision, une certaine marge de manoeuvre qui serait impossible à saisir
dans un droit codifié. Les lois doivent s'appliquer à tous. Conscient des
limites humaines et des contraintes, peut-être que l'Islam sent un plus grand
besoin d'éliminer les relations irresponsables, non déclarées, préjudiciables à
la société dans son ensemble et même à la santé des personnes concernées.
Peut-être qu'il veut éliminer complètement le fléau de la prostitution, la plus
humiliante de toutes les pratiques humaines.
Mais la polygamie n'est certainement pas la
réponse. Même les pays qui permettent la polygamie ont des quartiers de
prostituées. Et ceux qui n'ont pas désigné de quartiers de prostituées voient
la prostitution pratiquée dans la clandestinité. Leurs hommes voyagent à
l'étranger à la recherche de ce qui a été appelé par dérision la prostitution halal.
Je ne plaide pas du tout en faveur de la
polygamie, mais nous devons être conscients avant de prendre position sur des
questions aussi sensibles qu'un problème a plusieurs facettes. Les situations
humaines recèlent des complexités qui ne sont pas faciles à résoudre.
Une nouvelle complication a surgi ces
derniers temps. Certaines femmes arabes, des journalistes et des
universitaires, exigent maintenant que les femmes soient elles aussi autorisées
à avoir plus d'un époux. La polyandrie était interdite en Islam,
soutiennent-elles, parce qu'au temps du Prophète Mohammad (Que la paix soit sur
lui), il n'était pas possible de déterminer le père des enfants dans une
situation de polyandrie. Mais avec les tests ADN disponibles aujourd'hui, la
situation a changé et donc les lois devraient aussi changer. Les lois,
disent-elles, ne peuvent pas être statiques. Elles doivent être dynamiques. Les
lois doivent tenir compte de l'évolution de la situation humaine.
Ainsi les lois, peu importent leurs qualités,
ne peuvent pas prendre soin de chaque situation. Nous avons besoin d'êtres
humains qui soient humains.
Quoi qu'il en soit, il n'y a pas grand
intérêt à accorder trop d'attention aux Fatwas Deobandi. Si par coutume
indienne, ils entendaient la loi indienne ou une vue générale de la société
civile en Inde, et qu'ils veulent respecter les mêmes, cette démarche est la
bienvenue. Mais nos mollahs, de vraiment n'importe quelle couleur, ne
connaissent ni l'Islam, ni les coutumes indiennes, ni leurs implications ou
complexités.
Laissons les mollahs être ce qu'ils sont et
concentrons-nous sur nos propres affaires. Continuons d'affiner nos lois, en
cherchant la direction de l'inspiration divine qui est venue à nous de temps en
temps dans différentes parties du monde, mais soyons aussi conscients que nous
les humains, tant que nous sommes tout simplement humains, nous n'aurons jamais
une loi parfaite ou une société parfaite.
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