
Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, 18ème session,
Genève, 12-30 septembre 2011
Point 4 de l’ordre du jour : les atteintes aux droits de l’homme qui requièrent l’attention du Conseil
Au nom du World Environment and Resources Council,
Retranscription complète du discours prononcé par
Sultan Shahin, rédacteur en chef de New Age Islam,
Le 23 septembre 2011
Madame la Présidente,
Plusieurs fonctionnaires des Nations Unies, des experts indépendants et des groupes de défense des droits de l’homme ont rapporté les violations massives des droits de l’homme en cours actuellement en Libye, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, au Soudan, en Egypte et dans d’autres pays du monde musulman. Le danger que des extrémistes islamistes arrivent au pouvoir ou le partagent s’accroît dans plusieurs pays. La seule chose dont on peut être sûr concernant la forme future de la Libye, par exemple, est que sa constitution sera basée sur la Shariah. Soi-disant démocratique, l’Irak subit une telle influence islamiste radicale iranienne qu’il soutient à présent la répression violente des dissidents en Syrie. La dissidence à Bahreïn a été réprimée par des forces saoudiennes. Le Pakistan continue à s’enfoncer dans le bourbier de l’intolérance religieuse et sectaire. Les Talibans semblent être encore une fois de retour en Afghanistan. Et à cette heure, les Etats-Unis s’apprêtent eux aussi à quitter la région, la laissant probablement à la merci des services secrets pakistanais, l’ISI, dont le soutien continu aux groupes talibans responsables des attaques à la bombes contre les ambassades américaine et indienne de Kaboul, a été récemment révélé.
Que l’optimisme d’un changement réel, tel que nous l’avions ressenti il y a quelques mois lors du printemps arabe, s’assombrisse dans le monde musulman devrait être un sujet de préoccupation pour nous les Musulmans. Mais en dépit de tous ces changements déprimants, le monde musulman ne montre aucun signe d’introspection. Nous continuons à nous complaire dans des postures de victimes. Les théories du complot abondent. Le déni de la réalité se poursuit. Même les attentats du 11 septembre ne sont pas encore généralement acceptés comme l’œuvre d’Al-Qaïda. Nous les Musulmans aurions pu saisir la mort d’Oussama Ben Laden comme l’occasion d’un nouveau départ. Mais des Musulmans ont donné des prières funéraires en la mémoire du principal terroriste mondial, non seulement dans le Pakistan islamique, mais aussi dans l’Inde séculaire et multiculturelle. Une Guerre au sein de l’Islam est clairement en cours mais nous-mêmes les Musulmans majoritaires ne semblons pas prendre conscience de ses graves conséquences.
Je veux saisir cette opportunité, Madame la Présidente, pour appeler tous les pays musulmans représentés dans cet auguste forum à prendre cette guerre au sein de l’Islam au sérieux et à concevoir des stratégies pour que l’Islam majoritaire et pacifique remporte cette guerre.
Madame la Présidente,
Il ne fait aucun doute que nous les Musulmans poursuivons dans le déni complet de notre situation. Nous ne semblons tout simplement pas reconnaître le danger inhérent à laisser les groupes islamistes financés par les pétrodollars s’emparer de nos mosquées et de nos madrasas. Prenez le cas des prières funéraires en la mémoire d’Oussama Ben Laden (ghaibana namaz-e-Janaza). Même dans des circonstances normales, tenir de telles prières pour des gens dont on sait que les funérailles ont déjà été rendues selon les rituels islamiques est de valeur religieuse douteuse, voire même interdit par certains théologiens. Mais pour Oussama Ben Laden ! Et en sachant que le gouvernement américain avait déjà organisé les rituels appropriés pour lui ! Quel est le message que ces Musulmans essayaient de transmettre au monde ? Quelle était exactement l’idée ? On peut comprendre que les Talibans d’Afghanistan et du Pakistan, voire que Syed Ali Shah Geelani du Cachemire et ses suiveurs militants souhaitent bénir Oussama comme ils l’ont fait. Mais les Musulmans de Chennai ? De Kolkata ? D’Hyderabad ?
Par chance, le nombre de Musulmans réunis pour rendre ces prières était faible, mais ceux qui les désapprouvaient ou qui n’y ont pas participé n’ont pas fait une question d’honneur, comme ils l’auraient du, de clamer publiquement leur opposition, voire leur répulsion, à cette démonstration de soutien du plus grand terroriste mondial. Nos universitaires religieux n’ont jamais déclaré qu’Oussama Ben Laden dans ses dernières années était perverti ou qu’il était un kafir, bien qu’ils continuent à le faire perpétuellement à l’encontre de tous les membres de sectes autres que la leur, lesquelles ne peuvent plus être décrites que comme des usines à fabriquer des kafir. L’insinuation n’a pas échappé au reste du monde et ne peut que nourrir une peur croissante de l’Islam en Occident et ailleurs.
Un étrange incident en Norvège a récemment attiré à nouveau l’attention du monde sur la question de l’islamophobie. Le massacre d’innocents en Norvège a mis à nu les ravages que l’intolérance fondée sur la religion ou la croyance et sa dernière manifestation, l’islamophobie, peuvent causer dans une société civilisée. Que ces événements se soient produits à la veille du dixième anniversaire du 11 septembre les rend particulièrement instructifs. La tragédie du 11 septembre a été causée par l’intolérance d’un groupe de gens, les islamistes extrémistes, et le massacre en Norvège par l’intolérance d’un autre groupe de gens, les extrémistes de droite à l’Ouest. Bien que ce soit un individu solitaire qui a appuyé sur la gâchette en Norvège, son manifeste révèle que sa mentalité avait été façonnée par un ensemble de groupes islamophobes.
Il est impératif que l’Ouest reconnaisse les dangers d’une telle intolérance religieuse et trouve des façons de mettre un terme aux campagnes de haine. Les intellectuels et les médias devraient se tenir scrupuleusement à l’écart des groupes islamophobes et de leurs théories du complot comme celle de l’Eurabia. Ils nourrissent en effet aussi les campagnes de haine des soi-disant terroristes islamiques. Heureusement, il y a des signes que les médias occidentaux ont déjà commencé à corriger leur trajectoire. Ils ont par exemple dénoncé des groupes qui se livrent au financement massif des islamophobes et de leurs réseaux.
Mais ceci ne nous absout pas, nous Musulmans, de notre devoir de procéder à une introspection. Les Musulmans qui vivent à l’Ouest, par exemple, font-ils assez pour s’intégrer ? Ou bien cherchent-ils à créer des enclaves obscurantistes séparées et administrées par une sorte de Sharia ? Si c’est bien ce qui se passe, alors comment peuvent-ils s’attendre à être acceptables pour leurs concitoyens dans le monde à majorité non musulmane?
Madame la Présidente,
Encore plus urgemment, nous Musulmans devons essayer de freiner, dénoncer et combattre les extrémistes violents au sein de notre communauté. Ceci doit être particulièrement accompli sur le plan idéologique. Car après tout c’est une guerre d’idées, même si les stratèges occidentaux n’en prennent pas conscience. Alors que ces groupes utilisent des campagnes islamophobes à l’Ouest pour accomplir leurs desseins malfaisants, c’est finalement une folie dans leurs propres esprits. Au nom du progrès d’une idéologie totalement étrangère à l’Islam majoritaire, qu’ils révèrent et propagent, ils tuent des innocents. Cette idéologie leur dit que les Musulmans ne devraient pas interagir avec d’autres groupes religieux, sauf peut-être pour les convertir ou les anéantir. Mais leurs cibles prioritaires sont des Musulmans qui ne considèrent pas l’Islam comme un vecteur de sectarisme et de violence.
C’est ainsi que finalement c’est une Guerre au sein de l’Islam qui a pris les vies de dizaines de milliers de Musulmans de la main même de gens qui se déclarent Musulmans.
Dans cette guerre, nous ne pouvons rien faire de pire que de chercher du soutien à l’Ouest. Tout ce que la guerre contre le terrorisme lancée par l’Occident depuis le 11 septembre a accompli, c’est de céder l’Irak laïc à l’Iran des Mollahs et le Pakistan semi-laïc à la Chine du parti unique. Elle a protégé la source de l’Islam radical et l’a laissé dépenser des dizaines de milliards de dollars de l’argent du pétrole dans la radicalisation de chaque partie du monde où vivent des Musulmans, qu’ils y soient majoritaires ou minoritaires.
Une récente rencontre que j’ai eu avec des stratèges militaires occidentaux de haut rang réunis à Genève pour une conférence de trois jours sur la sécurité m’a indiqué qu’ils n’étaient pas le moins du monde concernés par la dimension politico-religieuse de cette guerre. Si cela avait été le cas, ils n’auraient pas pu céder la Libye de Kadhafi aux islamistes que torturaient ses services secrets.
C’est une guerre déclarée par des gens qui se nomment Musulmans mais qui clairement ne croient pas en l’Islam que le Prophète Mahomet a apporté à ce monde. Sinon, ils ne pourraient raisonnablement pas ignorer le fait que l’état islamique que le Prophète avait établi était en réalité un état séculier. Il était fondé sur une convention appelée Meesaq-e-Madina, la première et seule constitution islamique adoptée par le Prophète (que la paix soit sur lui). Elle reposait sur un accord que le Prophète avait conclu avec les Juifs pour établir un état séculier.
Certaines de ses dispositions étaient les suivantes :
Les radicaux d’extrême droite en Occident comme les militants islamistes extrémistes sont opposés au multiculturalisme et croient en des religions et en des cultures de l’exclusion. Ils sont bien financés et ont d’influents médias à leur disposition. Et ils prêchent pareillement depuis quelque temps que l’Islam ne croit ni en le pluralisme ni en la coexistence. Cela commence à avoir un impact sur les masses à la fois en Occident et dans le monde musulman. On a commencé à entendre parler de concepts ridicules comme des extrémistes Musulmans en Occident mettant en place ce qu’ils appellent des « zones contrôlées par la Shariah, où les lois islamiques sont appliquées » et où par conséquent il ne devrait y avoir « ni jeu », « ni musique ou concerts », « ni pornographie ou prostitution », « ni drogues ou tabac », « ni alcool ». Mais il importe peu combien cela semble ridicule, la simple idée de « planter les graines pour un Emirat islamique au Royaume-Uni sur le long terme » est encline à nourrir encore davantage la peur de l’Islam et des Musulmans.
Que devraient faire les Musulmans modérés majoritaires dans un tel scénario ? Ils doivent sauver leur religion d’une prise de contrôle par les extrémistes obscurantistes et les ecclésiastiques sans éducation. Je pense que la seule option est de proclamer haut et fort notre interprétation de l’Islam comme une religion de la paix, de l’harmonie et de la coexistence dans des sociétés multiculturelles. Nos plus grands outils sont les versets du Saint Coran et la vie et la conduite du Prophète (que la paix soit sur lui).
Madame la Présidente,
Tous les observateurs dépassionnés qui ont étudié la vie du Prophète le considèrent comme un homme de paix. Il a passé sa vie à la recherche de l’harmonie pour sa société. Il a évité les querelles toute sa vie, recommandant la patience et la persévérance à ses suiveurs dans des temps de grande persécution. Nous avons déjà parlé du Meesaq-e-Medina, la première constitution de l’Islam qui était entièrement laïque. Il ne conduisait ses fidèles vers une guerre défensive que quand il n’y avait pas d’autre issue. Quand on lui suggéra qu’il pouvait éviter une hécatombe en creusant une tranchée autour de Médine, c’est ce qu’il fit, et la Bataille de la Tranchée, considérée comme la plus importante rencontre avec les Mecquois ennemis de l’Islam, s’acheva sans bain de sang. Ensuite, quand il se trouvait en position de force, il signa le Traité de Hudaybiyyah, en des termes très humiliants pour les Musulmans, simplement afin d’éviter un carnage. Sa victoire finale à La Mecque survint absolument sans massacre. Après la victoire totale, il annonça une amnistie générale en une journée où les habitants de La Mecque ne s’attendaient pas à quelque pitié, évitant encore ainsi une hécatombe et les possibles vengeances meurtrières par ceux qui avaient grandement soufferts de la main des Mecquois.
D’innombrables versets peuvent être cités du Saint Coran qui parlent de la croyance de l’Islam en une société plurielle. Le Coran a déclaré en termes absolus : « Pas de contrainte en religion ». Il en a appelé à la « Justice », la « Justice absolue » pour tous. Il n’a pas conféré quelque supériorité que ce soit sur autrui, tant sur des critères de classe que de croyance, de couleur, de sexe ou de descendance.
Madame la Présidente,
Les idées ne peuvent être combattues que par les idées. L’idée du Jihad aussi doit être combattue avec les idées consacrées dans le Coran et avec l’exemple du Prophète Mahomet. L’Islam Jihadiste financé par les pétrodollars présente Dieu comme un dieu courroucé jaloux des autres dieux, jaloux même de ceux parmi ses fidèles qui ont passé leur vie entière à Le prier et qui ont par là gagné le respect, et même la révérence, de nombreuses personnes, Musulmans et non Musulmans, qui croient que depuis leur position proche de Dieu ils pourraient être capables d’intercéder en leur nom et d’ainsi visiter leurs sanctuaires et prier Dieu de là.
L’interprétation dévie grandement de la réalité de l’Islam. La révélation de la Divinité dans l’Islam est spécifiquement décrite comme Compassion : Allah est Rahmanir Rahim – le summum même de la gentillesse et de la compassion. Bien qu’Allah ait 99 noms, décrivant tous ses attributs différents, Il est connu dans le Saint Coran principalement comme Rahman et Rahmin. Des statistiques coraniques seraient certainement d’une grande aide ici. Le terme Miséricordieux, Le plus miséricordieux, Le plus gracieux (Rahmanir Rahim) a été utilisé 124 fois dans le Coran. Le mot « Miséricorde » a été utilisé 173 fois. Contrastez ces résultats avec l’usage des mots « Colère » et « Courroucé ».
Le mot « Colère » ou « courroux » n’apparaît que trois fois dans le Coran entier (Sourate Al-Fatiha 1.07, Al Baqra 2.90 et Al Imran 3.11) et on ne rencontre les termes « courroucé » ou « en colère » que quatre fois (Al-Mada, Al-Fath, Al-Mujadila et Al-Mumtahina).
Il est clair que Dieu est conçu dans l’Islam comme la personnification de la compassion. Le monde n’a rien à craindre d’un peuple qui croit en le concept original de l’Islam. Mais il ne suffit pas d’affirmer cela. Les jihadistes se proclament eux-mêmes des Musulmans et fondent leurs mauvaises actions sur certains versets du Coran, comme Oussama Ben Laden l’a fait lui aussi dans son Manifeste Jihadiste connu sous le nom de « Lettre à l’Amérique ». Par conséquent, nous devons expliquer au monde le contexte dans lequel ces versets ont été produits et notre interprétation de leur applicabilité ou de leur non-applicabilité dans les temps présents. Le mode de pensée des jihadistes islamistes radicaux vient du VIIème Siècle. Ils veulent continuer les batailles de Badr et Uhud. Nous vivons au XXIème Siècle. Nous ne pouvons laisser ce groupe prendre notre religion et par là même nos vies en otage. C’est un groupe encore limité, mais dont l’influence, si ce n’est la taille, grandit énormément, largement parce que nous, la majorité silencieuse, nous demeurons silencieux.
Nous devons nous rappeler et répéter que tandis que les Musulmans n’étaient autorisés à se défendre que lorsque leur survie en dépendait, ni le meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ni le suicide pour assassiner et terroriser d’autres innocents, etc, n’ont jamais été autorisés.
Comme de nombreux chercheurs qui ont étudié la question, l’universitaire renommé Bernard Lewis a écrit : « Puisque la guerre sainte est une obligation de la foi, elle est régulée de façon élaborée dans la Shariah. Les combattants dans le jihad ont l’ordre de ne pas tuer de femmes, d’enfants et de personnes âgées à moins qu’ils n’attaquent les premiers, l’ordre de ne pas torturer ou mutiler les prisonniers, d’annoncer clairement la reprise des hostilités après une trêve, et d’honorer les accords passés. Les juristes médiévaux et les théologiens débattent longuement les règles du champ de bataille, notamment la question des armes autorisées et des armes interdites… La question principale des préoccupations est celle des dommages indiscriminés infligés (par des produits chimiques et d’autres armes). A aucun moment les textes fondamentaux de l’Islam n’invitent au terrorisme et au meurtre. A aucun moment – aussi étendue que ma connaissance soit – ne considèrent-ils le massacre aléatoire de passants indifférents. »
Madame la Présidente,
Nous devons dire au monde encore et encore que la guerre défensive n’a été permise dans l’Islam que lorsque la survie même de l’Islam naissant était en jeu. Et même alors on nous disait que nous devions nous battre pour la liberté religieuse comme telle, et non simplement pour la liberté religieuse des Musulmans. Dieu a dit aux Musulmans qu’ils avaient le droit de se défendre avec des armes (une forme de Jihad, bien que moindre) parce que sinon il aurait été probable que les gens ne puissent vénérer dans les temples, monastères, églises, synagogues, etc, tous ces lieux de vénération où l’on se rappelle de Dieu et où les louanges de Dieu sont chantées. Voici les mots exacts de Dieu traduits en français :
« Si Allah n’avait pas considéré un groupe comme l’égal d’un autre, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant, » (Coran 22 :40)
Assurément nous avons de nombreuses armes dans cette guerre. Mais il est important de réaffirmer que c’est un défi idéologique et qu’il doit être combattu au niveau des idées.
Nous devons comprendre que la façon dont la guerre contre le terrorisme a été conduite a tout simplement renforcé les radicaux Wahhabites et Chiites. Les principaux bénéficiaires de cette guerre ont autant été les islamistes radicaux des cultes Sunnites et Chiites que la Chine. Ainsi nous ne devrions pas nous attendre à quelque assistance de la part de l’Occident. Nous devons reconnaître que l’extrême-droite en Occident n’est pas la seule responsable de l’intolérance religieuse grandissante, de la xénophobie et de l’islamophobie dans le monde. Nous devons assumer la responsabilité de notre propre silence et de notre inaction et changer cela.