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French Section (21 Jan 2014 NewAgeIslam.Com)



‪Entre Salafisme et Soufisme, en Quête d'un Islam Moderne‬

 

 

De Saif Shahin, New Age Islam

‪30 Juillet 2012

‪La dispute de l'intérieur entre l'islamisme et ses détracteurs prend rapidement la tournure d'un conflit entre deux approches différentes de la foi : la manière salafiste, et la manière soufie. ‪L'enjeu n'est pas seulement le sens de l'Islam en tant que doctrine religieuse, mais aussi comment les musulmans se perçoivent tous les jours ainsi que leur place dans un monde qui se rétrécit.

‪Les salafistes veulent que l'Islam soit pratiqué de la même façon qu'à ses débuts, en particulier parmi les trois premières générations de musulmans qui vécurent à la période de Salaf ou les 300 premières années du calendrier islamique. ‪Ils propagent une interprétation littérale du Coran et des Hadees, estimant que les portes de l'Ijtihad - la méthode islamique d'auto-réforme et de modernisation - ont été fermées à la fin de Salaf. ‪Ils veulent que les musulmans ordinaires limitent plus ou moins leur vie à la poursuite des cinq piliers de l'Islam : croyance en la première Kalima (unicité d'Allah et de la prophétie de Muhammad), Namaz (prière), Roza (jeûne), Hajj (pèlerinage à La Mecque) et la Zakat (charité).

‪Les soufis prétendent avoir une approche plus spirituelle de la religion. ‪Pour eux, le ritualisme de prier cinq fois par jour et le jeûne du Ramadan pendant un mois de l'année n'est pas suffisant, et parfois sans aucune conséquence. ‪L'Islam, pensent-ils, est une question de communion avec Allah, comme le Prophète Muhammad l'a lui-même réalisé pendant la révélation. ‪Ils cherchent souvent une telle communion à travers le chant, la danse et la psalmodie des noms d'Allah, et parfois même avec l'aide de médicaments et de stimulants chimiques. ‪Divers « ordres » soufis tirent leurs enseignements et principes de Muhammad par Hazrat Abu Bakr ou Hazrat Ali, les premier et quatrième califes. ‪Un certain nombre de saints et de poètes soufis ont émergé tout au long de l'histoire du monde entier, et ils continueront à être vénérés par les musulmans ordinaires aujourd'hui.

Les significations changent

‪Si l'histoire nous enseigne une leçon, c'est que rien ne demeure dans son état initial ou tel que c'est censé être. Le but de la démarche des soufis classiques était que l'idée de communion était de se détourner de tout, excepté d'Allah. ‪En effet, cela signifiait non seulement réciter la première Kalima mais la diffuser dans leurs cœurs et âmes. ‪Cependant, le processus a dépassé le but et le soufisme pour beaucoup devint non pas la recherche de la communion mais seulement les psalmodies, la danse, le chant et la drogue qui allait avec. ‪Dans de nombreuses régions du monde, notamment en Asie du Sud et en Afrique du Nord, les musulmans ordinaires vénèrent et plus encore, prient les saints soufis morts et enterrés, croient que ces saints ont des pouvoirs mystiques et font des offrandes de fleurs et d'argent dans leurs sanctuaires. ‪Ils sont aussi souvent rejoints par des non-musulmans.

‪Cette métamorphose a donné naissance à une classe cléricale composée presque entièrement de la descendance de saints décédés, qui a coopté son héritage et se projète comme la médiatrice entre les musulmans ordinaires et Allah. ‪En effet, la perversion du soufisme a atteint de tels niveaux dans certaines sociétés que des pseudo-soufis revendiquent qu'ils ont le pouvoir d'influer sur la gloire et la fortune, la maladie et la mort, de manipuler les crédules et analphabètes et de se moquer de leur foi. ‪Le soufisme a été conçu pour détourner le cœur d'un croyant de tout, excepté d'Allah, mais il a dégénéré en une culture de corruption cléricale et décadence morale.

‪Lorsque le salafisme a commencé à prendre racine dans diverses sociétés musulmanes post-médiévales, c'était en partie pour répondre à l'influence grandissante de la culture européenne mais aussi pour se révolter contre ces pratiques soufies dégénérées. Les ‪salafistes poussent les musulmans à fuir - assimilant les autres à Allah ou croyant qu'ils ont des pouvoirs divins. Ils voient leur travail comme le reflet de celui du Prophète lui-même, qui débarrasse le monde arabe du paganisme rampant de l'époque pré-islamique, connu sous le nom Jahiliya (période d'ignorance). Mais ils ne s'arrêtent pas là. ‪En voulant retrouver l'Islam de la période Salaf, les salafistes cherchent effectivement à purger la religion de presque la totalité de ses quatorze siècles d'histoire, ce qui n'est non seulement pas souhaitable mais manifestement impossible, à défaut d'inventer une machine à remonter le temps.

Le salafisme est aussi devenu un euphémisme pour l'atavisme culturel et l'arabisation, ou plus précisément la « saoudisation ». Le wahhabisme, la version saoudienne du salafisme, a pris le relais. ‪Mais dès le début, le wahhabisme était moins une doctrine religieuse et davantage un instrument du pouvoir politique. ‪La Maison des Saoud l'a d'abord utilisée pour prendre le contrôle de la péninsule arabique, et au cours des dernières décennies pour étendre sa portée à travers le monde musulman et dans les poches musulmanes en Europe et aux Amériques.

‪L'alliance Saudi-wahhabite utilise l'autorité morale de la religion pour écraser la dissidence politique et l'appel à revenir à Salaf pour imposer une homogénéisation culturelle dans les sociétés musulmanes – ce qui sert également ses fins politiques. ‪Que l'alliance ait toujours marché main dans la main avec l'impérialisme occidental - initialement le colonialisme britannique et maintenant le 'post-colonialism' américain - parle d'elle-même.

‪Mais ce n'est pas tout. ‪Le salafisme en général et en particulier le wahhabisme ont causé certains des pires excès que les musulmans aient pu vivre. ‪Cet instrument de pouvoir politique n'a jamais été simplement idéologique - la violence a toujours été inhérente. ‪Dès les premiers jours de l'alliance, les armées wahhabites dirigées par Muhammad ibn Saud avaient pour habitude de détruire des villes et villages entiers de l'Arabie centrale pour les punir de « pratiques polythéistes ». ‪Des milliers de musulmans innocents ont été massacrés lors de la prise de Riyad en 1773 et Karbala en 1801.

‪Les Frères Musulmans dans les années 1960 et 1970, Al-Qaïda et Boko Haram sont de véritables héritiers actuels de la manière salafiste, perpétuant sa tradition de longue date de meurtre et de chaos. ‪Parallèlement, ils ont remodelé l'Islam en une foi absolutiste, puritaine encline à faire exploser le monde, et transformer les musulmans en objets de suspicion, de peur et de haine, non seulement pour les non-musulmans, mais aussi paradoxalement pour les musulmans.

Une autre manière

‪Un certain nombre d'érudits religieux musulmans et de scientifiques sociaux, ainsi que d' écrivains et de journalistes ont commencé à contester le salafisme sur des bases doctrinales et idéologiques, mettant en avant ses fondements géopolitiques et impériaux et le rôle des pétrodollars dans sa promotion. ‪Beaucoup recourent souvent à faire valoir que la manière salafiste n'a jamais été la voie habituellement utilisée par les sociétés musulmanes. ‪Ils soulignent l'héritage soufi de ces sociétés, leur fusion avec les moeurs culturels non islamiques locaux, et présentent cela comme une preuve que l'Islam a toujours été une foi libérale, ouverte et pacifique.

‪Ce faisant, ils ignorent néanmoins la raison essentielle pour laquelle le salafisme a trouvé tant d'adeptes dans les sociétés musulmanes modernes, y compris des ingénieurs, des médecins et d'autres jeunes professionnels et étudiants. ‪Cette raison est la corruption de la voie soufie, sa dégénérescence en cultes disparates d'absurdité superstitieuse et de son charabia pseudo-mystique. Les musulmans dotés d'une éducation ou bien même de simple bon sens moderne regardent les chants et prières sur les tombes, offrandes d'argent et de fleurs aux hommes bizarrement vêtus et articulant des balivernes comme une parodie complète de leur faculté de raisonnement, ils ne peuvent pas envisager sérieusement que ce soit une religion, en particulier une qui prétend être monothéiste et contre l'idolâtrie.

‪À l'ère de l'atrophie morale et du bouillonnement extraordinaire social et culturel, la manière salafiste détient un attrait naturel pour ces musulmans. ‪Son absolutisme sert de point d'ancrage idéal pour leurs besoins de foi et d'identité, son puritanisme permet de séparer ce qui est moralement blanc et moralement noir sans ne rien laisser moralement gris. ‪La promesse d'un retour à l'âge d'or de Salaf, lorsque les musulmans étaient le genre de musulmans qu'Allah, le Prophète et le Coran voulaient qu'ils soient, constitue le fantasme d'évasion parfait. ‪Qui plus est, la terreur salafiste de la prière sur les tombes des hommes morts depuis longtemps pour donner vie à leurs désirs matériels, semble beaucoup plus rationnelle, voire scientifique.

‪Alors que la politique et pétrodollars ont ouvert la voie salafiste, de nombreux musulmans se sont égarés dans sa direction en raison des bosses et fossés de l'anachronisme qui marque la voie soufie, ce qui en fait un chemin difficile à parcourir pour les hommes de raison. ‪Brûler des bâtons d'encens sur les tombes ne peut pas être la seule alternative pour faire exploser des bombes dans les bus. ‪Si modernes, les musulmans instruits sont invités à s'écarter de la manière salafiste, ensuite un chemin qui ne réduit pas la religion de saint boniments et d'exploitation divine doit leur être montrée, un chemin qui fait appel à leur rationalité et respecte leur bon sens.

Saif Shahin est chercheur à l'Université du Texas à Austin. Il écrit régulièrement pour New Age Islam.

‪URL of English article: http://newageislam.com/islamic-ideology/by-saif-shahin,-new-age-islam/between-salafism-and-sufism,-a-search-for-modern-islam/d/8090

URL: http://www.newageislam.com/french-section/saif-shahin,-new-age-islam/‪entre-salafisme-et-soufisme,-en-quête-d-un-islam-moderne‬/d/35368

 




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